Jeudi poésie

Les Cabardourche prennent la barre de la coquille des croqueurs pour cette quinzaine et proposent pour ce jeudi:

Ouvrez un recueil de poésie, choisissez un poème qui résonne en vous, transcrivez-en le premier vers et continuez le poème à votre façon en vous laissant la liberté d’écrire un texte bref ou plus long.

J’ai choisi le premier vers d’un poème de Tahar Ben Jelloun tiré de  » poèmes et peintures ».

Quelle est la couleur du temps ?

Si je le peins en blanc, sera-t-il suspendu

Au silence des jours sur les chemins d’antan,

Quand l’heure bleue exquise d’une pleine lune

efface le blond soyeux des poussières de dunes,

Ou s’échappera – t -il dans le gris confondu

D’un instant saupoudré de luttes opportunes ?

J’aimerais qu’il soit couleur de l’insouciance,

De l’amitié , de l’amour qui mènent la danse.

Il tutoierait le vert et deviendrait fragrance

Loin des yeux fermés au noir d’indifférence.

Gisèle F 25 /01/2023

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Depuis ….

Depuis longtemps, depuis qu’elle est môme,

Loin   de    son  univers  polychrome

Reviennent   les  mêmes  symptômes,

D’une   régularité    de    métronome .

Un peu plus de liberté qu’on assomme

Au point qu’elle deviendrait fantôme ,

Chacun ne voyant guère que sa pomme,

D’ entraide  toujours  plus   économe.

La   violence   s’installe    autonome,

Partout  elle  veut  que  son  royaume

S’étende , universellement en somme . 

Ne   voyez  vous  vraiment pas   comme

Toujours  elle se cherche des axiomes

Pour   justifier   que  dans  sa  paume

Elle  tient tout l’avenir  de  l’homme .

Gisèle F

Jeudi poésie

B  aptiste  est  un  maitre  de  l’oulipo,

A  vec toutes les lettres de  l’alphabet,

P  as difficile  de  trouver le  bon mot .

T  oujours  sur  son dictionnaire courbé

I l  aligne  acrostiches ,  calligrammes, 

S  ans  que  son  style  en soit  plombé, 

T  rès   sensible  aux  jeux  de  gammes

E  n  variant  la forme  sans perturber .

GF 12 /10/2016

Vous voulez un exemple ?  

en voilà un pour l’alphabet, je précise que ce texte est d’un auteur inconnu. :

Quand Adam fut créé, tout seul il s’ennuy A

Dans de vagues pensées , trop souvent absor  B

Il suppliait son Dieu de les faire ces   C

Dieu crut à ses désirs devoir enfin cé  D

L’homme en fut pour sa côte..Eve fut créé  E

Elle était séduisante et belle au premier ch’  F

Depuis la création, la race a peu chan  G

Et de plaire  et séduire , elle s’est fait la t’  H

A force de l’aimer, le monde s’arrond  I

L’amour, ce doux plaisir, cette douce ma  J

Ne donnait que bonheur et jamais de tra  K

La femme était constante et le mari fid’  L

Que faire ? Ils étaient seuls …il faut bien que l’on s’  M

Pas de rivaux d’amour , pas d’ennuis , pas de  N

Oh ! C’était le beau temps des plaisirs , du rep  O

Tandis que nos jours on voit l’homme occu  P

Courbant sous le destin , par le besoin vain  Q

Et pour qui le travail devenu nécess’  R

S’assied à son chevet le poursuivant sans c’  S

Eh bien soit ! travaillons …Et vive la gaie  T

Que jamais le chagrin ne nous trouve abatt’  U

J’ai vu soixante hivers , je pense avoir trou  V

Des amis que je tiens en réserve , au beau f’  X

Je crois à ce bonheur : comme moi croyez  –  Y

Et qu’un Dieu protecteur nous soutienne et nous Z

Jeudi poésie

Martine à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine nous laisse libre pour le thème de ce jeudi.

Je vous propose cette fois ci une fable non revisitée de Jean de La Fontaine :

L’Amour et la Folie .

Tout est mystère dans l’Amour,
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance:
Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour
Que d’épuiser cette science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici:
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l’aveugle que voici
(C’est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien
J’en fais juge un amant, et ne décide rien.

La Folie et l’Amour jouaient un jour ensemble:
Celui-ci n’était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l’Amour veut qu’on assemble
Là-dessus le conseil des Dieux;
L’autre n’eut pas la patience;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu’il en perd la clarté des cieux.

Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris:
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d’Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l’énormité du cas;
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas:
Nulle peine n’était pour ce crime assez grande:
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L’intérêt du public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l’Amour.



*

Jeudi poésie

Martine à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine nous demande pour ce jeudi de revisiter une fable de La Fontaine .

Je vous propose avec cette rediffusion de parodier  » Le chien qui lâche sa proie pour l’ombre  » ( voir ici l’original) .

L a femme  qui lâche l’époux  pour l’amant 

*

Chaque   homme   se   trompe  ici  bas

On     voit  courir   après le bel amant

Tant   d’épouses   qu’on   ne   sait   pas

La plupart du temps d’où vient cet allant.

*

Au  début  de  l’histoire,  il  faut  les renvoyer.

Cette femme qui sur un mur facebook aperçut

La  photo de l’époux , se vit de suite trompée,

La   colère   monta   et  la  vengeance  conçut.

À  toute  peine  elle  n’opposa  pas  son  corps,

Et  n’eut  pas  de  mal   à  trouver  réconfort .

Je me suis dit aussi que « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » (voir ici ) méritait aussi une autre version :

Une femme toute en rondeur vit un squelette

Qui lui fit vraiment regretter sa taille ,

Elle, qui ne refusait jamais les chouquettes,

Contracte son ventre, tous les muscles tiraille

Pour atteindre un semblant de minceur

Disant : voyez j’y suis presque consœur

 » Et comme ceci , combien de centimètres encore ?

Beaucoup – là c’est bon ? -que nenni – j’y suis là ?

Bien sur que non , vous êtes loin de mon score »

Elle bloqua si bien son air qu’elle trépassa

La mode peut se révéler un sinistre présage

Toute femme voulant rogner ses rondeurs

Pour y arriver, peut aussi y laisser son coeur

En ne renonçant point à ce réel esclavage.

Jeudi poésie

Jeanne Fadosi à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous dit : pour les jeudis poésie du 10 et du 17 novembre, je laisse le choix du sujet ou pour celles et ceux qui préfèrent un fil conducteur, de choisir un ou des instrument-s de mesure du temps.

L’horloge de Charles Baudelaire.

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Jeudi poésie

Renée, à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine, nous demande un poème sur le thème *coquillage* en incluant le nom de Domi (Dominique) dedans.

statue de St Jacques dans la cathédrale du Puy en Velay

C amino, camino il t’a pris par la main !

O ubliées les heures des pensées moroses,

Q uel plaisir de toucher du doigt autre chose,

U ne vraie découverte de soi sur le chemin.

I l faut un sacré courage Dominique ,

La douleur s’installant à demeure,

L aminant le corps, pour avancer, stoïque,

A vec toujours ce sourire qui affleure .

G rand’ est la force de ta cité intérieure

E lle est bien au delà de toute critique.

Défi 269 des Croqueurs de mots

Renée , à la barre du bateau de Croqueurs de mots pour la quinzaine, nous demande un acrostiche avec pèlerins et un autre dans le sens inverse snirelep.

P our avancer jour après jour sur le chemin,

E lle n’oublie pas son bâton de pèlerin.

L oin des vibrations bruyantes de la ville,

E lle rejette de sa vie le futile,

R etrouve l’essentiel à portée de mains,

I mmersion d’ émotion jamais inutile.

N e croyez pas que ce soit toujours facile,

S ans crainte, pour se mesurer au lendemain,

*

S ouvent le corps ne se montre pas docile,

N e rêvez pas, nous sommes de simples humains.

I l faut du coeur quand la douleur se faufile,

R alentissant la cadence, touchant l’entrain.

E lle sait que sur le chemin, même tranquille,

L e courage et l’épreuve se donnent la main .

E xaltée par ses rencontres, elle jubile,

P leine de leur force, sans penser à demain.

Jeudi poésie

Renée, à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine, nous demande un poème de notre cru sur le thème du chemin .

Sans se soucier des voiles de brume,

Un jour, tu partiras sur le chemin,

R iche des feux que l’automne allume.

*

L ‘esprit serein, plus léger que plume,

E n étonnera surement plus d’un.

*

C haque pas gomme ta peur du lendemain

H aut les cœurs, car enfin tu t’assumes .

E n marchant, tu oublies l’amertume,

M ieux, tu retrouves ta joie de gamin,

I vre des fragrances que tu humes ,

N ‘oublie pas, elles sont à portée de mains

Jeudi poésie

Jill Bill à la barre du bateau des croqueurs de mots pour cette quinzaine nous propose thème libre pour ce jeudi .

J’ai choisi « La paresse » d’Henri Michaux

la paresse vue par Brueghel

L’âme adore nager.
Pour nager on s’étend sur le ventre. L’âme se déboîte et s’en va. Elle s’en va en nageant.
(Si votre âme s’en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les
coudes, pour chaque position corporelle différente l’âme partira avec une démarche et
une forme différentes c’est ce que j’établirai plus tard.)
On parle souvent de voler. Ce n’est pas ça. C’est nager qu’elle fait. Et elle nage comme
les serpents et les anguilles, jamais autrement.
Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement
des paresseux. Quand l’âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une
telle libération de je ne sais quoi, c’est un abandon, une jouissance, un relâchement si
intime.
L’âme s’en va nager dans la cage de l’escalier ou dans la rue suivant la timidité ou
l’audace de l’homme, car toujours elle garde un fil d’elle à lui, et si ce fil se rompait (il
est parfois très ténu, mais c’est une force effroyable qu’il faudrait pour rompre le fil), ce
serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).
Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l’homme à
l’âme s’écoulent des volumes et des volumes d’une sorte de matière spirituelle, comme
de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz – jouissance sans fin.
C’est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C’est pourquoi aussi
la paresse est la mère de tous les vices. Car qu’est-ce qui est plus égoïste que la paresse ?
Elle a des fondements que l’orgueil n’a pas.
Mais les gens s’acharnent sur les paresseux.
Tandis qu’ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l’eau fraîche sur la tête, ils
doivent vivement ramener leur âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine,
que l’on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants.

J’y ajouterai aussi « le paresseux » de St Amand ( 1594-1661)

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.


Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.


Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,


Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.