Jeudi poésie

Martine à la barre des croqueurs de mots pour la quinzaine nous dit pour le thème :

Portrait d’un animal ou d’un objet .

Chats blancs : caractéristiques, surdité & plus belles races

A une chatte

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l’été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s’efface,

Où va la pensée, où s’en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J’y trouve trop de noir au fond.

Charles Cros

Et aussi parceque j’aime beaucoup les lapinous d’en face :

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Lapins

Les petits lapins, dans les bois,
Folâtrent sur l’herbe arrosée
Et, comme nous le vin d’Arbois,
Ils boivent la douce rosée.

Gris foncé, gris clair, soupe au lait,
Ces vagabonds, dont se dégage
Comme une odeur de serpolet,
Tiennent à peu près ce langage :

« Nous sommes les petits lapins,
Gens étrangers à l’écriture,
Et chaussés des seuls escarpins
Que nous a donné la nature.

Nous sommes les petits lapins.
C’est le poil qui forme nos bottes,
Et, n’ayant pas de calepins,
Nous ne prenons jamais de notes.

Et dans la bonne odeur des pins
Qu’on voit ombrageant ces clairières
Nous sommes les petits lapins
Assis sur leurs petits derrières. »

Théodore de Banville  

Jeudi poésie

Martine est à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine elle nous propose pour ce jeudi :

Portrait d’un homme ou d’une femme célèbre ou non ou autoportrait .

J’ai choisi de remanier un de mes poèmes pour ce thème.

Fichier:Venus botticelli detail.jpg

Une déesse,  les flots remontant,

Aujourd’hui charme le paysage,

Sur sa conque, pensive, elle attend,

Offrant sa nudité en partage .

*

Le velours de sa peau s’illumine

Caressé par Phébus le bienfaisant

Qui d’un pinceau habile dessine

Ses lèvres au sourire si plaisant

*

Et dans ses yeux s’éveillent d’infinis

Paysages aux ors resplendissants

Empruntés à l’ étoile, en catimini,

Où l’âme se pose en se réfléchissant.

*

Sa longue chevelure  en cet instant,

Comme  l’oiseau  sorti  de  sa cage,  

Coule  sur son corps en vagues sages,

Cachant ce mont de Vénus ravissant.

La naissance de Vénus.

Défi 254 des croqueurs de mots

Jeanne ( clic) à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous propose :

Imaginons que nous ne sommes que vers la fin de septembre 2019. Pour celles et ceux qui mesurent le temps en années scolaires, elle vient de commencer et vous avez des rêves voire des projets plein la tête. Essayons de faire abstraction du vécu de ces deux dernières années pour écrire un texte de quelques lignes en prose ou en vers (libres ou pas) dans lequel nous nous projetons dans cet avenir proche. Rêvons un peu, beaucoup, passionnément !

En septembre 2019, Babouche est partie pour le paradis des chats, et je n’ai qu’un rêve à ce moment là .

R etrouver, oh oui, pour quelques temps

Encor’, ma panthère aux yeux de jade.

V oir pétiller sa vie à chaque instant,

E n bonds joyeux et folles cavalcades.

*

D istiller l’écume des jours heureux,

E lixir qui sans cesse se renouvelle.

*

S e noyer dans ses douces prunelles,

E t partir ensemble pour d’autres cieux,

P artager l’horizon qui pommelle,

T raverser ce duvet délicieux,

E n gardant cette voie hirondelle,

M elant silence et chant mystérieux.

B riser le joug de la loi des adieux,

R edonner vie à l’heure violoncelle,

E t oile scintillante de mille feux

Un dimanche en poésie

Je voudrais attirer votre attention sur un très beau recueil de poésie, que je viens de recevoir. Il s’agit de celui de Solène Vosse (clic) publié chez Bookedition .

Solène y décline à merveille la symphonie des jours en perles de mots, je ne peux que vous recommander cet ouvrage qui vous emportera dans cet univers incomparable de la poésie.

On attend tous

(Complainte d’automne d’un coeur solitaire qui ne sait plus ce qu’il attend)

*

Au vent des soirs d’automne

Les rêves et les nuages tournent les pages

De la grande aiguille du temps

Et le vent chasse la pluie

Qui reviendra demain entre deux

éclaircies

Pendant que les arbres s’effeuillent

Sans que personne s’en étonne.

*

Au fil des heures monotones

La vie réelle se porterait mieux si on lui

donnait

Ne serait- ce qu’un soupçon d’irréalité

Au buffet de la gare sur le point de fermer

Ou même encore, sur le quai où le train

est en retard

On attend tous quelque part, quelque

chose ou quelqu’un .

*

Au vent des soirs d’automne

Au fil des heures monotones

Sont parties, envolées les hirondelles

Loin des yeux loin du coeur

Mais pour garder l’espoir autant ne pas

savoir

Si c’est toi qui ne viendra plus maintenant

Ou mon amour pour toi qui s’en va sans moi.

****

Son autre recueil « Le printemps reviendra, il revient toujours » aussi chez BookEdition paru en septembre 2020

J’écris mes cris

*

J’écris mes cris avec mon ventre, ma sueur

et mon sang

J’écris à cor et à cris pour apprivoiser

le manque

Quand l’absence ne dit pas son nom

J’écris la nuit sur un désert de cendres

encore brulantes

à coup de couteau ou bien de hache

J’écris tout le temps comme ça

à bout portant du côté du silence

J’écris mes cris, te les écris aussi …

Puis je m’écrie !

Et je les jette au vent ….

Jeudi poésie

Jeanne ( clic) à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous propose comme thème : une journée ordinaire ( suite des jours , quotidien) .

La décalcomanie Magritte

Carrousel des jours

***

Lundi , le premier à saluer la semaine,

Egrène ses heures en attendant minuit.

Mardi, alors sans crier gare, enchaine

La symphonie d’un jour qui sans faille suit.

Tapi dans l’escalier du temps, le mercredi

Attend sagement son tour sans aucun bruit.

Puis frapp’ à la port’ l’infatigable jeudi ,

Pressé d’ obtenir de suite son sauf conduit.

Alors arriv’, cahin-caha, le vendredi,

Tout heureux de s’approcher enfin de la nuit,

De la ronde des minutes du samedi.

Le dimanche garde la cadenc’ et poursuit

Le carrousel des secondes jusqu’au lundi .

*****

Et un poème de Jacques Prévert que j’aime beaucoup.

Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder

Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré

Jacques Prévert, Paroles, 1946

Sur le tapis de ses nuits ..

Pour l’atelier 162 chez Ghislaine un clic sur le logo.

Les mots : Tapis, brindille, obscurité, pareil, calmer, écrire, plaire, sourire. Ou un texte avec le plus possible de mots finissants par  » age « 

Un texte sur le thème  » Liberté 

Sur le tapis de ses nuits d‘orage,

Des mots brindilles à nuls autres pareils

Calment sa peur d’un futur naufrage

Ecrire, c’est faire surgir le soleil

De l‘obscurité, gommer la cage

Où s’entassent soucis et blocage.

Elle sourit , quand, surgi du sommeil,

Le verbe se plait à porter l‘image

Qui la transporte en vagabondage

Sur le rivage d’un fleuve conseil.

Le mur

Je vous propose aujourd’hui de vous plonger dans « Noir volcan » de Cécile Coulon. Un recueil de poésies que je vous conseille. Cécile Coulon nous touche avec cette poésie qui va droit au coeur, des émotions qu’elle transmet avec beaucoup de talent car tout ce qu’elle écrit sonne juste et fait écho à ce que nous pouvons avoir vécu.

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Le mur

Un cantique de rien du tout

pour cette bicyclette endormie contre un mur

sur lequel, enfant,

tu jouais sans doute à marcher droit,

les bras écartés

comme si le ciel agrippait tes doigts de chaque côté,

et dans le sourire que ta joie et ta concentration

modifiaient à mesure que tu avançais

tu ne savais pas encore

que tu serais aimée et que tu aimerais

de la plus belle des façons :

en silence

pour protéger ce qui est vrai.

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Cécile Coulon ( Noir volcan )