Jeudi poésie

Les Cabardourche prennent la barre de la coquille des croqueurs pour cette quinzaine et proposent pour ce jeudi:

Ouvrez un recueil de poésie, choisissez un poème qui résonne en vous, transcrivez-en le premier vers et continuez le poème à votre façon en vous laissant la liberté d’écrire un texte bref ou plus long.

J’ai choisi le premier vers d’un poème de Tahar Ben Jelloun tiré de  » poèmes et peintures ».

Quelle est la couleur du temps ?

Si je le peins en blanc, sera-t-il suspendu

Au silence des jours sur les chemins d’antan,

Quand l’heure bleue exquise d’une pleine lune

efface le blond soyeux des poussières de dunes,

Ou s’échappera – t -il dans le gris confondu

D’un instant saupoudré de luttes opportunes ?

J’aimerais qu’il soit couleur de l’insouciance,

De l’amitié , de l’amour qui mènent la danse.

Il tutoierait le vert et deviendrait fragrance

Loin des yeux fermés au noir d’indifférence.

Gisèle F 25 /01/2023

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Jeudi poésie

Durgalola , à la barre du bateau des Croqueurs de mots, nous propose le thème du voyage pour ce jeudi poésie.

Je le déclinerai ce voyage en acrostiche .

  ivre     sa    liberté    en    jetant    les     voiles

O ublier   le   temps   qui   braque    aussi   la   nuit

eux    vers   le  ciel ,   suivre  sa    bonne   étoile

   pprivoiser    le    silence     quand    il    s’enfuit

G  arder   son   âme   d’enfant  ,  peindre    sa  toile

E n couleurs d’eaux vives bercés d’ oiseaux de pluie.

Gisèle F 20/10/2016

Je vous propose aussi ce voyage mythique avec l’Orient Express par le biais de Valéry Larbaud

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.

Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow.
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)

Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn , prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…
Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

(Valery Larbaud, Les Poésies d’A.O. Barnabooth, 1913)

Défi 275 des croqueurs de mots

Durgalola à la barre du bateau des Croqueurs de mots nous propose de composer un texte, qui débute :

  • soit par la phrase : « Le premier jour de l’année, surtout me plaît. »

extrait de « Notes de Chevet » de Sei Shônagon (dame d’honneur d’une

princesse au Japon – 11ème siècle)

  • soit par la phrase : « Le plus beau, dans ces voyages,

c’était ça : respirer l’air du réel. »

extrait de « Le Grand Partout » de William T. VOLLMANN (né en 1959,

Le premier jour de l’année surtout me plait. Elle ne cessait de se répéter cette phrase comme un mantra. Elle avait l’impression de se recentrer avec son moi le plus profond en oubliant tous les soucis qu’avaient drainés l’année qui venait de s’achever. Dorénavant, il n’était plus question que de son rapport à l’instant présent, au livre de sa vie à venir dont elle allait tourner les pages au rythme qui lui convenait.

Ses résolutions ? Elle ne se hasardait pas à ce genre de pari. Sa conscience réflexive lui faisait trop toucher du doigt le peu de crédit à accorder à ce type de décisions condamnées à plus ou brève échéance. Elle savait pertinemment que le moi auquel s’identifie l’humain est une construction de la société et de la mémoire. Comment ne pas être frustré quand l’image qu’on a de soi ne correspond pas à la réalité de son corps et de sa vie ?

Non , elle préférait laisser le champ libre à son intuition. Le doute avait suffisamment envahi son quotidien. Comme par magie le premier de l’an, le brouillard se dissipait et laissait entrevoir l’évidence. Envolées les émotions négatives, elle ne se connectait qu’à de l’énergie positive. Elle retrouvait son calme, sa confiance en elle, ouvrait la porte à la joie d’être en phase avec ce qui l’entoure.

Elle inspira profondément , fixa sur le papier des phrases positives histoire de bien s’en imprégner. Isba le chat qui lui tenait compagnie depuis plus de dix ans vint alors frotter sa tête contre sa main en suspends comme pour lui faire passer son message : le chat ne regrette jamais la vie qu’il n’a pas vécue. Savoir renoncer à l’idée qu’une vie pourrait être parfaite, allège vraiment le fardeau de la condition humaine.

Jeudi poésie

Durgalola (clic) à la barre du bateau des Croqueurs de mots nous dit :

Poètes d’ailleurs ( Asie, Afrique, Amérique ….) pour ce jeudi 12 janvier .

Je vous propose un poème d’Alain Mabanckou, poète congolais, tiré d’Anthologie Carnavalesques 2007. Pour en savoir plus sur ce poète un clic ici

****

J’emprunte à l’oiseau

l’incertitude du prochain buisson

je ne sais quel temps il fera

de l’autre côté de la migration

mais le monde s’ouvre à moi

riche de carrefours

*

Que l’envol me porte

me porte encore loin de la clameur

loin de la basse -cour

loin des coqs dressés pour le combat

*

ne pas changer de nom

d’embranchement

rester homme jusqu’au bout

tant que les arbres s’enracineront

à la terre.

*

Je vous propose un autre poème de Maram Al – Masri née en Syrie extrait de l’anthologie des poètes des déserts. Pour en savoir plus sur Maram Al – Masri un clic ici.

*

Il ne demandait

Rien de plus :

Une maison

Des enfants et une épouse

Qui l’aime.

Mais un jour il s’est réveillé,

Découvrant que son âme

Avait vieilli.

*

Elle ne demandait

Rien de plus :

Une maison, des enfants,

Et un époux qui l’aime.

Mais un jour elle s’est réveillée ,

Découvrant

Que son âme

Avait ouvert une fenêtre,

Et s’est envolée.

*

Devant elle il ne rougissait pas

De ses vieux sous vêtements en coton,

Ni de ses chaussettes trouées

Devant elle, Il se mettait à nu

Le besoin d’amour

Pour descendre

Comme un roi

Sur son corps.

*

Il a deux femmes,

L’une dort dans on lit

L’autre dort dans celui de son rêve.

*

Il a deux femmes qui l’aiment,

L’une vieillit auprès de lui,

L’autre lui offre sa jeunesse

Et s’éclipse.

*

Il a deux femmes

Une au coeur de sa maison

Une autre dans la maison de son coeur.

Jeudi poésie

Domi à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine nous demandait de redonner un peu de magie aux fêtes de fin d’année .

Je vous propose un poème d’Henri Durand sur le nouvel an .

Chanson d’étrennes

L’année a fui, voici sa dernière heure !
Et l’an nouveau qui s’ouvre plein d’espoir
Offre un souris au malheureux qui pleure,
Et pour nos jours nous promet un beau soir.
Oh ! maintenant que les amis s’embrassent,
Bravant l’hiver, la neige et les glaçons,
Que je voudrais, sans les nœuds qui m’enlacent,
Vous apporter moi-même mes chansons !

A se fêter tout le monde s’empresse,
Chacun se fait doux ou riches présents ;
C’est dans ce jour encore que la tendresse
Forme à l’envi des vœux pour les absents
Vous ne pourrez accuser mon silence,
Voici pour vous des vers de ma façon,
Beaucoup de vœux et beaucoup d’espérance !…
Mais pour présent je n’ai qu’une chanson.

Lorsque, le soir, mon esprit est en proie
Aux souvenirs qu’il aime à contempler,
Lorsque je songe à ces trésors de joie
Qu’avait pour moi l’an qui va s’envoler,
Alors je rêve à ces heures si belles
Où l’amitié, joyeuse et sans façons,
Nous rassemblait auprès de vous fidèles,
Et s’animait aux refrains des chansons.

Je dis : Pour nous le bonheur vite passe,
Puis dans le cœur il laisse un vide amer ;
De nous sourire, ah ! le temps qui se lasse
Devient bientôt plus sombre avec l’hiver.
— Mais c’est en vain que ce penser m’égare ;
Pour la gaîté j’ai reçu vos leçons :
Peut-être un jour, au son de la guitare,
Pourrai-je encore vous chanter mes chansons.

Oh ! dans mon sein le nom de ceux que j’aime
Reste gravé pour un long avenir ;
Que dans ce jour chez vous il soit de même ;
A votre ami donnez un souvenir !
Nos voix aussi, de loin, quoique effacées,
Comme nos cœurs seront à l’unisson ;
D’ici vers vous voleront mes pensées ;
Pensez à moi, répétez ma chanson.

Défi 274 des croqueurs de mots

Domi, notre capitaine , à la barre du bateau des croqueurs nous propose, pour ce défi 274, d’écrire le scénario d’un film en nous inspirant d’une image . Je ne me suis inspirée que de deux cases en rediffusant ce texte .

La surprise de Noël

  • Plan d’ensemble

Une femme en robe rouge descend du bus. Elle est furieuse. Elle bouscule un homme qui traverse la rue en dehors des passages piétons.

  • Flash back
  • plan rapproché à l’intérieur du bus , zoom sur les voisines de la femme et sur Helen la femme à la robe rouge  .
  • Helen voix off

“J’en peux plus ! et impossible de bouger le bus est bondé “

  • travelling dans tout  le bus

“ces maudites pipelettes  en caraco n’ont pas arrêté de caqueter tout le  long du trajet. Et toutes guillerettes  de s’ébaudir sur la  photo du petit dernier avec le galurin du père Mathieu , pour un peu il faudrait  applaudir à chaque cliché de l’album du smartphone .  Dieu sait si j’ai autre chose à faire en ce jour de Noël   .”

  • Retour sur le premier plan
  • plan taille

Sous le choc l’homme qu’elle vient de bousculer lâche l’étui de son violon  

  • Gros plan  sur le visage de l’homme qui devient pâle puis travelling arrière et panoramique .
  • zoom sur la chute au ralenti de l’étui au capitonnage violet qui s’ouvre au milieu de la route .
  • Champ /contre champ

“ dites moi que je rêve , c’est à vous  les billets sur la route “

“ Si tu ne veux pas que je te refroidisse de suite , t’as intérêt à la fermer, c’est pas le moment opportun pour discuter. Avance ! ne ralentis pas l’allure tu vas m’aider, tu ramasses les billets   “

“ ça ne va pas non, je  ne veux pas finir aplatie comme un hérisson  ?”

“ T’as pas le choix , ma grande !”

  • Contre plongée sur le renflement de la poche de la veste de l’homme .
  • travelling avant jusqu’à l’étui du  violon .
  • Plan d’ensemble

Les deux personnages se précipitent pour ramasser les billets . Les voitures les frôlent en klaxonnant .

Helen  et  l’homme , courent jusqu’au portail de la maison d’en face .  Un dogue allemand guette  sur le gazon .

  • Zoom sur la tête du chien .
  • Champ/contrechamp des deux personnages
  • “ Ouvre ! “
  • “ Non !”
  • Plan taille
  • Il appuie le pistolet dans le dos d’Helen , ils entrent . Le chien se lève et vient faire la fête à l’homme , prend le bras d’Helen qui hurle et l’entraine à l’intérieur devant sa gamelle vide et dit :
  • “ C’est pas parcequ’on a un maitre un peu border line qu’il faut l’empêcher d’acheter ma réserve de “ Crocplan le jour de Noël “
  • Gros plan sur le sachet de 15 kg de Crocplan .
  • Clap de fin

Jeudi poésie

Domi à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous dit pour ce jeudi :

J’aimerais que vous redonniez un peu de magie à ceux pour qui cette fête de Noël a perdu tout son sens.

J’ai un peu détourné la consigne puisqu’il ne s’agit pas d’un poème mais d’une lettre écrite au père Noël , dans le cadre aussi des croqueurs de mots, qui reste encore maintenant d’actualité .

Cher papa Noël,

J’espère que tu as bien pris tes précautions avec cette bise glaciale, que ma lettre te trouvera en pleine forme et que tu abordes ce mois de décembre dans les meilleures conditions, tout comme d’ailleurs ton équipage de rennes au grand complet. Ils doivent piaffer d’impatience avant leur grande randonnée.

Je ne sais si tu as encore la clé magique dans ton pantalon, tu sais celle qui permet d’ouvrir la porte des rêves. Celle qui nous permet de voyager dans des jardins extraordinaires et de cueillir les fruits de la fraternité.  Ou bien si un jour, quand tu en as eu ras la casquette de voir cette terre obnubilée par l’opium d’internet, tu as trop gesticulé et elle est tombée dans les  chaussettes mises à ton intention devant la cheminée . 

Parce qu’ici les croqueurs de lumière ont concocté une fin de non-recevoir à la magie de Noël en attisant la haine noire qui monte comme le lait sur le feu. Crois-moi le paysage de notre pays en est complètement chamboulé, tourneboulé, et j’avoue avoir peur des jours à venir.

Aussi ne vais-je pas te demander de m’apporter le dernier smartphone de la célèbre marque à la pomme, ni les petites bottines qui iraient si bien avec ma doudoune grise, ni même un billet pour un séjour en Irlande.

Non, j’aimerais que tu passes devant l’étoile de la paix, tu sais celle qui donne à chaque jour un parfum si délicat, une saveur si agréable. Arrête s’il te plait ton traineau, essaie de la convaincre de t’accompagner dans ta tournée, j’aimerais tant qu’elle soit au rendez – vous de cette fin d’année.  J’admets, ce ne sera pas aussi facile que de faire avancer tes rennes avec quelques miettes de pumpernickel, mais je t’en prie insiste, je te sais fin négociateur, je suis sure que tu pourras la convaincre.

Je compte franchement sur toi.

Plein, plein, de gros bisous pour toi et n’oublie surtout pas les calinous pour tes rennes.

Et comme j’aime beaucoup les chanson d’ Anne Sylvestre, je vous propose ces deux vidéos

Jeudi poésie

Colette à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous donne comme thème celui de l’âge ou libre pour ces deux jeudis poésie .

Ne vous souciez jamais de votre âge,

Comme la truite, il est insaisissable

Prêt à vous échapper pour de vrais voyages

Au royaume enchanté de l’insondable .

*

Tantôt aurore , tantôt crépuscule,

Il est l’âge miroir des autres regards,

Ne laissez pas le noir dresser l’étendard,

En vous, l’âge est aussi libellule

*

Il est libre de s’envoler à l’instant,

Loin des tracas liant les esprits chagrins,

Ravi de garder toujours sa joie d’enfant.

*

Il chante en vous cet âge clandestin,

Jouant avec l’esprit, en prenant le temps

De choisir sa voie à la croisée des chemins .

GF 14/12/2022

Défi 273 des Croqueurs de mots

Colette à la barre du bateau des Croqueurs de mots pour la quinzaine nous dit :

Thème : l’âge . Pour le lundi 12 décembre je vous propose de partir de la citation suivante :

« Impossible de vous dire mon âge il change tout le temps » Alphonse Allais . Écrivez un petit texte en prose ou en vers, pour expliquer et vous exprimer là-dessus, tout simplement (sérieusement ou avec humour) peu importe.

Ce n’est pas mon époux qui contredira Alphonse Allais , c’est donc lui cette semaine qui s’exprimera sur ce sujet , une nouvelle bougie à souffler sur le gâteau ayant depuis peu fait évoluer mon âge…..

Dans la majorité des couples, l’homme est plus âgé que la femme. Malgré un léger fléchissement, le phénomène cougar ne suffit pas à inverser la tendance.

    Je suis né le 18 novembre 1948, Gisèle le 11 décembre 1951. Ce qui représente une différence de 3 ans, 3 semaines et 2 jours, soit 1118 jours. Ce décalage n’a jamais posé de problème majeur mais soulève une question : ces trois années d’écart ont-elles plus de poids au début ou à la fin de de nos existences respectives ? La réponse pose le problème de la frontière entre temps objectif et temps subjectif.

    Si l’on envisage le début de notre parcours, la réponse est évidente. Ma future épouse était encore dans les limbes quand je macérais dans mes langes. Quand son tour fut venu de biberonner, je trottinais en barboteuse et mangeais des pâtes au beurre. Comme elle, je n’ai aucun souvenir des événements qui se sont produits entre novembre 48 et décembre 51. Elle a par contre un net déficit mémoriel pour la période 1951 -1954, alors que je me souviens de la petite voiture rouge offerte pour mes 4 ans et de la photo de Staline sur son lit de mort à la une de L’Est Républicain.

    Si l’on considère les trois derniers tours de piste calendaire jusqu’à ce premier jour de l’automne, mon avance est devenue un handicap. Le poids de ces années et les problèmes en découlant ont rendu plus tangible notre différence d’âge, d’autant plus que Gisèle entretient sa forme physique. Elle parcourt régulièrement la campagne à vélo alors que je me contente de pédaler dans la choucroute.

    Si je meurs demain, elle n’aura sans doute aucun mal à combler son retard puis à creuser l’écart .

Jeudi poésie

Colette à la barre du bateau des croqueurs de mots pour la quinzaine nous donne comme thème celui de l’âge ou libre pour ces deux jeudis poésie .

La vieillesse

Viennent les ans ! J’aspire à cet âge sauveur
Où mon sang coulera plus sage dans mes veines,
Où, les plaisirs pour moi n’ayant plus de saveur,
Je vivrai doucement avec mes vieilles peines.

Quand l’amour, désormais affranchi du baiser,
Ne me brûlera plus de sa fièvre mauvaise
Et n’aura plus en moi d’avenir à briser,
Que je m’en donnerai de tendresse à mon aise !

Bienheureux les enfants venus sur mon chemin !
Je saurai transporter dans les buissons l’école ;
Heureux les jeunes gens dont je prendrai la main !
S’ils aiment, je saurai comment on les console.

Et je ne dirai pas : « C’était mieux de mon temps. »
Car le mieux d’autrefois c’était notre jeunesse ;
Mais je m’approcherai des âmes de vingt ans
Pour qu’un peu de chaleur en mon âme renaisse ;

Pour vieillir sans déchoir, ne jamais oublier
Ce que j’aurai senti dans l’âge où le cœur vibre,
Le beau, l’honneur, le droit qui ne sait pas plier,
Et jusques au tombeau penser en homme libre.

Et vous, oh ! Quel poignard de ma poitrine ôté,
Femmes, quand du désir il n’y sera plus traces,
Et qu’alors je pourrai ne voir dans la beauté
Que le dépôt en vous du moule pur des races !

Puissé-je ainsi m’asseoir au faîte de mes jours
Et contempler la vie, exempt enfin d’épreuves,
Comme du haut des monts on voit les grands détours
Et les plis tourmentés des routes et des fleuves !

René-François Sully Prudhomme.