J’ai lu

Quatrième de couverture

Lui, dix-huit ans, fils de bonne famille, solitaire et rêveur. Elle, sans âge, sans domicile, abîmée par la vie et l’alcool. Tout les sépare.
Pourtant, un jour, rue du Bac, à Paris, leurs chemins se croisent. Contre toute attente, une extraordinaire amitié se noue. De celles qui changent une vie. De celles qui forgent à jamais une personnalité.
Saisir sa chance, affronter le mystère familial qui le hante, c’est ce que Célestine va transmettre à Martin. Et plus encore…

Une tres belle histoire d’amitié entre Martin et Célestine que rien au départ ne semble rapprocher.  Leur point commun, être passionnés par l’écriture. Un roman qui nous invite à ne pas juger et surtout à se nourrir des autres. Progressivement cs deux là vont apprendre à s’apprivoiser et la vie de Martin en sera complètement changée .

Extraits :

« Martin ne peut plus regarder les SDF comme avant ou plutôt il ne peut plus ne pas les regarder. Il est affolé par leur nombre. D’où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Il y en a partout : ceux du métro qui déclament d’une voix monocorde le récit de leur déchéance, ceux qui ne disent rien, mornes et abattus, accrochés à leur bouteille comme à une bouée de sauvetage, puis ceux qui sont trop saouls pour être conscients, étendus ivres morts à même le trottoir, baignant dans leur crasse, et qu’on enjambe avec indifférence. Partout, ils sont partout, la paume tendue à la sortie des grands magasins, sur les bancs publics, devant la queue des cinémas, aux feux rouges. On ne peut leur donner d’âge, car ils sont sans âge, sans identité, sans domicile. »

« les bourgeois, eux, me voient même pas, ils s’en foutent d’une cloche pépée ou mecton, parce que pour eux un clodo c’est pareil qu’une crotte de chien, faut l’éviter, faut pas marcher dessus, c’est tout. « 

« – Dis, tu m’aimes, Martin ?
– Oui, je vous aime, Célestine.
– Tu m’aimes comment ?
– Je vous aime d’un amour sincère et respectueux, comme l’amour d’un enfant pour un parent.
– Et moi, j’t’aime comme si je t’avais tricoté, j’t’aime comme si je t’avais porté dans mon ventre ! »

Quatrième de couverture

Cette « Traversée des temps » affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.
« Paradis perdus » lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Un excellent roman qui nous prend par la main pour nous faire vivre aux côtés de Noam , notre ancêtre. Vous allez vivre une véritable Odyssée , celle de l’humanité où le savoir se développe, les pensées évoluent . L’auteur tente de nous expliquer l’homme, son attitude parfois paradoxale à la fois lâche et courageux , ses sentiments, ses espoirs . Tous les sujets seront abordés avec clairvoyance, immigration, environnement, climat, nomadisme comme sédentarisation, affection comme amertume, amour comme mort, tout cela avec cette plume toujours aussi affutée .

extraits

« Nous sommes aveugles au monde parce que aveuglés par nous-mêmes. Nous sommes sourds au monde parce que assourdis par nous-mêmes. La rêverie nous sauve en nous rendant au monde. »

 » Par la qualité de son verbe et de son regard, il transformait tout lieu en décor, toute situation en scène, tout évènement en aventure, tout récit en suspense. Qualité suprême, il parvenait à rehausser chaque personne en personnage ; il m’attacha à des êtres que je n’avais jamais vus, que je ne fréquenterais pas, dont je me réjouissais d’apprendre le bonheur, dont je pleurais de découvrir le trépas. »

Des colonnes de migrants, j’en ai croisé pendant des siècles. Non seulement elles n’ont jamais cessé, mais elles ont crû avec le temps. Leur fréquence a augmenté, ainsi que le nombre de marcheurs qui les composent, passant de cette trentaine d’individus à plusieurs centaines, plusieurs milliers, plusieurs millions. A ceux qui doutent que l’humanité s’améliore, je signale ce progrès indiscutable ! Aujourd’hui, sur les écrans, j’aperçois des familles hagardes qui échappent aux coups d’une tyrannie ou aux bouleversements du climat ; lorsque j’arpente Beyrouth, je rencontre des Syriens cherchant à s’éloigner des terroristes qui les asservissaient, des bombardements qui détruisaient leur ville, de la famine, de la pauvreté, de l’injustice, du chaos. L’exode relève de la condition humaine.
Pourtant, ceux qui ne fuient pas refusent cette réalité. Provisoirement à l’abri, campés sur leur terrain ainsi qu’un chêne dans le sol, prenant leurs pieds pour des racines, ils estiment que l’espace leur appartient et considèrent le migrant comme un être inférieur doublé d’une nuisance. Quelle bêtise aveugle ! J’aimerais tant que l’esprit de leurs aïeux circule en eux, pour leur rappeler les kilomètres parcourus, les transhumances sans fin, la peur au ventre, l’incertitude, la faim. Pourquoi, au fond de leur chair, ne subsistent pas les souvenirs de leurs anciens qui survécurent au danger, à l’hiostilité, à la misère, aux guerres ? La mémoire de ces courages ou de ces sacrifices auxquels ils doivent leur vie les rendraient moins sots. S’ils connaissaient et reconnaissaient leur histoire, leur fragilité constitutive, la volatilité de leur identité, ils perdraient l’illusion de leur supériorité. Il n’existe pas d’humain plus légitime à habiter ici que là. Le migrant, ce n’est pas l’autre ; le migrant, c’est moi hier ou moi demain. Par ses ancêtres ou par ses descendants, chacun de nous porte mille migrants en lui.

« Si, de tout temps, on a craint les phénomènes physiques – l’écrasement d’une météorite géante, les éruptions volcaniques, la propagation d’un virus mortel-, on redoute actuellement les nuisances humaines. Non seulement l’emploi de l’atome déchainerait un cataclysme à travers une troisième conflit mondial, mais des manipulations criminelles ou accidentelles entraîneraient aussi bien une pandémie ravageuse qu’un crash informatique, et, par effet domino, une faillite des structures bancaires, des systèmes sécuritaires. Inéluctable, incontrôlable, la surpopulation amène la famine, tandis que le réchauffement climatique provoque l’effondrement. »

Quatrième de couverture

L’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place. L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu. L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite.
C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.

Un livre qui ne laisse vraiment pas indifférent . Vous passez des rires aux larmes en un temps record. Je n’ai eu aucun mal à me glisser dans la peau de Lili ( le fiston né prématuré ayant fait un séjour d’une quinzaine de jours en néonat ) ni dans celle d’Elise qui voit son univers changer après le départ de ses enfants.

Un livre plein de tendresse, d’émotion vraie et d’humour .

Extraits

« Vous avez mis au monde votre fille, mais pas uniquement. J’ai la joie de vous présenter votre petit deuxième : il s’appelle Angoisse. C’est un enfant vorace, qui se nourrit essentiellement de larmes, de peur et de colère, à toute heure, à tout endroit, il n’est jamais rassasié. Il souffre du syndrome d’abandon, il ne tolère pas qu’on le laisse seul, la nuit, le jour, il sera là, près de vous. Il se peut que vous le trouviez également égocentrique, c’est normal. Il a besoin de toute l’attention, toute la lumière. Pour s’en assurer, il se manifeste régulièrement, avec une nette préférence pour les moments où on ne s’y attend pas. Je ne vous cache pas qu’il n’est pas facile à vivre, mais c’est la tradition. Il est offert à tous les nouveaux parents, en guise de bienvenue. C’est le secret le mieux gardé de la parentalité. »

« Nous sommes tous les mêmes, sur la ligne de départ, c’est en route que nous différons. Les uns seront chaussés de souliers confortables, les autres seront ralentis par un sac à dos déjà trop lourd. Les uns auront un vent de bienveillance dans le dos, les autres seront pris dans des bourrasques de violence. Les uns sont nés sous une bonne étoile, les autres sont nés, tout court. »

« On dit qu’il est impossible de prendre la douleur des autres. C’est vrai. Ce serait formidable, si on pouvait la confier momentanément à quelqu’un, le temps de reprendre son souffle, ou la partager pour en distribuer des petits bouts autour de soi. »

J’ai lu

Quatrième de couverture

Comme tout le monde Julie a fait beaucoup de trucs stupides. Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant les escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu’elle n’a pourtant encore jamais vu _ obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boite aux lettres en espionnant un mystérieux courrier ..

Mais tout cela n’est rien à côté , absolument rien à côté des choses insensées qu’elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois attirée et intriguée par cet individu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout. Julie va prendre des risques toujours plus délirants jusqu’à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question : pour qui avons nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

Une bouffée d’oxygène ce livre , je n’ai jamais autant ri tant l’auteur se met complètement dans la peau de son héroïne, Julie. C’est d’ailleurs incroyable de voir comment il a pu intégrer toute la psychologie féminine . Julie n’est pas la seule dans ce roman à attirer les regards tous les personnages sont attachants. Un savant mélange de tendresse et d’humour pour en faire le portrait, Gilles Legardinier fait mouche à chaque fois . J’aime beaucoup la façon dont l’auteur nous fait part des vraies pensées de Julie dans les dialogues alors que ce qu’elle dit est souvent aux antipodes. Loin de certains livres à l’eau de rose , la recherche de l’Amour avec un grand A y est superbement dressé que ce soit par Julie ou par ses amies . La tendresse aussi se rencontre dans les relations tissées entre les copines, les personnes que côtoient Julie comme Mohamed , la boulangère, madame Rouland.

Bref un livre que je vous conseille vraiment , un anti sinistrose tres efficace qui vous redonne le sourire si vous l’avez perdu .

« Je ne sais pas pour vous mais, au début de ma vie, il n’y avait que deux sortes de personnes dans mon univers : celle que j’adorais et celles que je détestais. Mes meilleurs amis et mes pires ennemis. Ceux pour qui je suis prête à tout donner et ceux qui peuvent aller crever. Ensuite on grandit. Entre le noir et le blanc, on découvre le gris. On rencontre ceux qui ne sont pas vraiment des amis mais que l’on aime quand même un peu et ceux que l’on prend pour des proches et qui n’arrêtent pas de vous planter des couteaux dans le dos. »

« Il faut tout espérer, au risque d’être déçu. Il faut tout éprouver au risque d’être blessé, tout donner au risque d’être volé. Ce qui vaut la peine d’être vécu vous met forcément en danger. »

« Ce matin-la j’ai découvert une des sept vérités fondamentales qui commandent l’univers: le bonnet péruvien ne va a personne ……Je ne sais pas si c’est la forme, la matière ou la couleur mais franchement, je comprends que ça énerve les lamas et qu’ils crachent sur des innocents »

« Vous avez déjà rencontré des gens qui font une fête pour leur divorce ? Moi, oui. D’habitude, ce sont plutôt les futurs mariés qui s’amusent. On les entend klaxonner le samedi quand ils roulent en cortège vers la mairie, on les croise la veille en bandes, dans les rues, habillés en clown ou quasi nus. A grand renfort de trompettes et de tambourins, ils exhibent aux badauds ternes leur joie d’enterrer leur vie de jeunes célibataires – parfois à plus de trente-cinq-ans… Mais moins d’un an plus tard, quand les 19% des statistiques se séparent, plus personne ne lance de confettis. Eh bien, Jérôme, si.
Je n’ai pas assisté à ses deux premiers mariages, mais j’étais présente au troisième. Trois mariages et trois divorces à trente-deux-ans, ça interpelle. Le proverbe dit :  » A ton deuxième naufrage, n’accuse pas la mer.  » La sagesse populaire ne s’est pas aventurée jusqu’au troisième. »

J’ai lu

« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris – New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, ‘L’Anomalie’ explore cette part de nous-même qui nous échappe.

Un scénario construit de main de maitre, des narrations qui s’emboitent sans faux pas . C’est à la fois un roman psychologique, un roman policier, un roman d’espionnage, un roman dans lequel chaque lecteur va pouvoir s’identifier en réalisant une confrontation à son propre moi . Tout comme ses personnages vous vous poserez cette question : Que serait notre vie si nous avions pu choisir à un moment donné une autre voie ? L’auteur passe du polar à l’intime avec beaucoup de talent et aborde aussi les questions sociétales sans jamais perdre son rythme .

J’ai vu la conférence d’Hervé Letellier pour la fête du livre avant d’avoir lu son livre , j’ai tout de suite su que ce livre m’intéresserait et je vous le recommande .

« Le président américain reste immobile, comme sonné. Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective. « 

« L’espoir nous fait patienter sur le palier du bonheur. Obtenons ce que nous espérions, et nous entrons dans l’antichambre du malheur. »

« la liberté de pensée sur internet est d’autant plus totale qu’on s’est bien assuré que les gens ont cessé de penser. « 

« Comment peut-il être aussi intelligent et aussi fragile à la fois ? Mais l’amour, c’est ne pas pouvoir empêcher le cœur de piétiner l’intelligence. »

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre. « 
C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés,  » car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .

Comme à son habitude Cécile Coulon excelle dans la description des lieux et des personnages . Elle sait nous peindre avec beaucoup de poésie l’atmosphère tres particulière de ce manoir . Cet endroit où Aimée va habiter semble maudit tant il parait menaçant . Dans son intrigue Cécile Coulomb habilement nous mystifie , nous entrainant là où on ne s’y attend pas. Aimée se heurte aux silences de cette demeure, aux silences de son époux, aux silences de ce lieu comme on se cogne à des murs en essayant de tâtonner. Au fur à mesure que les pages défilent nous ressentons le même malaise qu’elle . L’auteure distille à merveille cette menace incertaine qui plane sur Aimée. Un roman addictif que je vous conseille pour cette mise en lumière des espoirs fous , des non dits, des libertés entravées, et cette intrigue si bien orchestrée par l’auteure .

« Au bout d’un mois, le corps des hommes était, pour elle, comme un rosier, un insecte ou une couleur du ciel. Une jolie habitude, un spectacle recommencé, en surface de ses émotions tel un gros nénuphar aux feuilles sans relief, donc la fleur peinait à éclore »

 « Le château se fondait dans la végétation, comme s’il était né de la forêt, protégé par elle sans qu’elle le dévore, habillé par ses feuilles et ses plantes grimpantes, bourdonnant d’abeilles, et pourtant étincelant et propre comme les costumes de Candre. Elle imaginerait un œil géant, de lumière et de verdure, tandis que la voiture s’arrêterait devant l’escalier, usé, vestige des caprices de Jeanne Marchère. Un œil immense posé sur elle, aux cils de vantaux plats, aux cernes de vitres impeccables. Elle ne saurait en ces lieux quoi répondre aux silences de la forêt. »

« Il marchait sans la regarder. Son visage, paisible et blanc, semblait pris dans les couleurs des arbres et des mousses, des écorces et des herbes. Il réglait son pas sur celui d’Aimée, prenant soin de ne pas la dépasser ni de la ralentir, mais une partie de lui-même s’échappait de leur conversation et filait dans les feuillages comme un écureuil. »

 » Nous sommes au printemps en Provence, il fait beau, les fenêtres sont grandes ouvertes. C’est comme une invite faite à un papillon de passage , de venir voir et inspecter les lieux . Vincent , lui, écrivain célèbre, sature de passer ses journées à écrire, malgré la reconnaissance du public . Il est prêt à abandonner ses personnages, à ouvrir portes et fenêtres , à quitter son bureau dont il se sent prisonnier. »

Eglantine a l’art de nous prendre par la main pour nous faire découvrir l’Eouvé , une belle demeure familiale où toutes les générations se côtoient et où l’art de vivre y est chaleureusement distillé. Grâce au papillon qui s’arrête un jour de printemps à la fenêtre du bureau, nous allons entrer plus particulièrement dans l’univers de Vincent. Découvrir les rapports qu’il entretient avec l’écriture , cette immersion dans le vécu de ses personnages et connaitre ses propres aspirations et ses difficultés quand l’inspiration n’est pas forcément au rendez – vous. Lors de sa pause Vincent va renouer avec l’extérieur comme le lui suggère Léo le papillon. Peu à peu les secrets de famille referont surface , tout comme les histoires d’amour.

J’ai particulièrement aimé les dialogues entre Léo et Vincent , les références littéraires placées dans ces échanges et cette campagne provençale si bien évoquée au cours des promenades et des pauses de Vincent. J’ai retrouvé avec un grand plaisir la Camargue , ses chevaux , ses taureaux et cette luminosité si particulière des marais et des lagunes, tout comme l’ambiance des manades. J’ai apprécié aussi le choix des personnages, tous très attachants et cet interlocuteur si particulier, Léo, qui distille ses leçons de philosophie avec beaucoup de talent. L’univers du conte n’est jamais bien loin avec Eglantine et c’est un régal d’y pénétrer. Une lecture que je vous recommande.

 » Le papillon , après avoir virevolté ici et là , le temps de se délecter du parfum du thym , de la camomille, du pois de senteur et de toutes les fleurs se trouvant sur son passage, décide de prendre lui aussi un temps de repos sur une rose trémière . C’est le lis Aureto qui les bercera tous deux le temps de leur sieste, jusqu’en fin d’après midi »

« Il a mis de côté ses rêves d’un ailleurs différent, et n’a jamais quitté ce coin de Provence au paysage étonnant de la plaine de Berre où le soleil se reflète sur l’étang. Les gros oiseaux qui décollent ou arrivent à l’aéroport de Marseille Marignane ont longtemps nourri son imaginaire d’enfant qui rêvait d’être aux commandes de l’un d’entre eux pour de longs voyages. »

 » En arrivant ici j’ignorais que j’aurais une mission à accomplir! Parfois je me demande si je suis son ange gardien ou sa conscience ! ….En plus de virevolter après des fleurs , mes amies, je me suis découvert ..comment dire …un don de conseil et de protection envers les humains! Galéjades que tout cela dirait – on dans le midi et pourtant ! « 

« J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre .»

La famille que David Foenkinos nous fait découvrir nous allons vraiment nous y attacher. Il sait faire preuve de beaucoup d’humour et de tendresse pour la mettre en scène . Même si au départ cette famille peut paraitre banale , nous découvrons que chaque vie peut se révéler passionnante et devenir le sujet d’un roman.

L’auteur souligne les méfaits de notre époque de manière subtile et nous offre un conte moral bien agréable . Il devient tour à tour spectateur et acteur dans ce roman et peu à peu les non – dits sont levés tout comme les secrets et les coups bas . Une lecture que je vous recommande aussi .

« « C’est classe, on a un biographe officiel, dit-il.
–Merci, répondis-je, sans trop savoir si c’était un compliment ou juste un point de vue.
–Mais bon, j’aurais préféré Amélie Nothomb. »
Pour paraître décontracté, j’ai souri à cette saillie. C’était plutôt positif ; je tenais là un spécimen d’une catégorie en voie de disparition : un adolescent capable d’une référence littéraire. À vrai dire, cette percée sociable demeurerait unique dans la soirée. Il ne fallait pas trop en demander: une réplique par dîner, c’était déjà beaucoup. »

« Comme à chaque fois que j’étais invité chez quelqu’un, je regardai la bibliothèque. J’ai l’impression qu’on peut tout savoir d’une personne en observant les livres qu’elle possède. À l’époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s’y trouvaient. S’il n’y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m’était impossible d’acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C’était comme apprendre qu’un crime horrible avait eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait crédible qu’il puisse exister une sorte de fantôme de l’inculture. »

« Le monde occidental a fait de la crise un slogan tout-terrain. Au fond cela renvoie à la solitude absolue de chacun. Je pense aussi souvent à cette célèbre phrase d’Albert Cohen : «Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »

J’ai lu

Je me suis aperçue que je ne vous avais pas encore présenté les ouvrages lus au mois de novembre. Il est encore temps de le faire avant de vous parler de ceux de décembre .

Jamais Antoine n’aurait pensé que son grand-père puisse agir ainsi : il y a quelques heures à peine, l’adolescent sortait du lycée, s’apprêtant royalement à rater son bac. Kidnappé par papi à bord d’un vieux coupé Volvo, il roule à présent vers l’inconnu, privé de son iPhone. À 82 ans, François Valent, journaliste brillant, aura parcouru le monde et couvert tous les conflits du globe sans jamais flancher.
S’il a conclu un marché avec son petit-fils, c’est pour tenter de le convaincre de ne pas lâcher ses études. Mais ce voyage improvisé ne se fera pas sans heurts. La destination vers laquelle le vieil homme conduit Antoine – la ville de Villefranche-de-Rouergue, où il a grandi – a ce parfum particulier du remords. C’est là que l’enfance de François a trébuché. Lors d’un drame sanglant de la Seconde Guerre mondiale dont l’Histoire a gardé le secret. À la fois quête du souvenir et voyage initiatique, cette échappée belle les révèlera l’un à l’autre.
La vraie vie n’est jamais là où on l’attend.

Une tres belle découverte que celle de Sophie Louvière avec ce roman . Avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse elle nous plonge dans les relations qui existent entre ses trois personnages . Nous vivons réellement toutes les pensée qui sont dans leur tête, chacun s’exprimant avec son langage et ses ressentis . Un roman vraiment touchant et un style plein de poésie que j’ai vraiment appréciés.

« Je n’étais pas seulement son ami, j’étais le prolongement de son ombre dans le lit du ruisseau où nous pêchions, le grain de sable dans ses cheveux mal peignés, l’épaule contre laquelle il s’appuyait par mollesse et provocation durant la messe, le complice consentant de ses tricheries et dont il recopiait les réponses dans son cahier d’école dès que nos professeurs tournaient le dos, l’oreiller étouffant ses sanglots lorsque son père le corrigeait de ses escapades nocturnes, usant la lanière d’une ceinture sur son dos. De ces instants où Jean abandonnait des larmes sur mon pull, je jouissais d’un bonheur coupable. »

« Le malheur, c’est comme une brassée de fleurs qui te tombe dessus. Tu peux choisir d’en faire une couronne mortuaire ou bien un bouquet qui fleurira la table d’un banquet pour le mariage de tes petits-enfants. »

« C’était l’embrasement d’une toile de maître, le baiser inattendu de l’arc-en-ciel juste avant qu’il ne s’efface. Un nuage couleur acier menaçait d’éteindre le feu de la terre, d’en noircir les champs velours, de gommer les ombres enlaçant les bosquets. »

Le vieux Germain vit seul dans une ferme au cœur des Vosges. Sa fille lui impose de passer l’hiver avec Basile, lointain neveu qui vient faire sa saison de conducteur d’engin de damage dans la station voisine.
Une jeune femme froide et distante qui conduit les engins des neiges mieux que tous ses collègues masculins, habite la ferme voisine, où ses parents élevaient une meute de chiens de traîneaux quarante ans auparavant.
Mais bientôt, le village est isolé par une terrible tempête de neige qui, de jours en semaines puis en mois, semble ne pas vouloir s’achever. Alors l’ombre des Malamutes ressurgit dans la petite communauté coupée du monde…

Un excellent roman de Jean Paul Didierlaurent qui mêle le mystère et la poésie dans ce qui peut s’apparenter à un conte moderne . L’auteur dépeint à merveille l’atmosphère oppressante de ce huis-clos montagnard, mais aussi des personnages truculents. Suspense , intrigue, fantastique vous pourrez y retrouver tout celà à la fois. J’ai vraiment beaucoup aimé et vous le recommande.

« Chaque réveil est un enchantement. Dans la lumière coupante du petit matin, je ne me lasse pas du paysage qui s’offre à notre vue. Il n’est pas rare de surprendre au lever du jour dans le grand pré au-dessus de la ferme des chevreuils broutant l’herbe grasse au sortir du sous-bois. De l’avancée en terrasse devant la maison, on devine le village en contrebas grâce au clocher de son église qui perce de sa flèche la brume emprisonnée par la fraîcheur de la nuit dans le fond de la vallée. »

« Germain lisait les arbres de la même manière que d’autres lisent les livres, passant d’un cerne à un autre comme on tourne des pages, sans autre prétention que celle d’interroger les géants sur la marche du temps, à la recherche d’une certaine logique dans ces successions concentriques. »

« Cette faculté d’embellir les choses même les plus laides, d’étouffer le fracas du monde, d’adoucir les angles, de combler les creux, d’aplanir les bosses fascinait l’octogénaire. Même les grands sapins n’étaient plus que rondeurs une fois dissimulés sous leur manteau »

Bienvenue à Val Quarios, petite station de ski familiale qui ferme ses portes l’été.
Ne reste alors qu’une douzaine de saisonniers au milieu de bâtiments déserts. Hugo vient à peine d’arriver, mais, déjà, quelque chose l’inquiète. Ce sentiment d’être épié, ces « visions » qui le hantent, cette disparition soudaine…
Quels secrets terrifiants se cachent derrière ces murs ? Hugo va devoir affronter ses peurs et ses cauchemars jusqu’à douter de sa raison…
Bienvenue à Val Quarios, une « jolie petite station familiale » où la mort rôde avec la gourmandise d’une tempête d’été.

L’auteur sait nous plonger dans cette atmosphère de huis clos dont il est coutumier . Cette atmosphère pesante , ce mystère qui s’épaissit au fur et à mesure font que l’on n’a pas envie de s’arrêter de lire. Bon petit bémol la fin m’a un peu déçue.

« Il était incapable d’expliquer son appréhension. C’était viscéral. Était-ce le sentiment qu’éprouvait un insecte à l’approche du trou où se blottissent les grosses araignées velues ? Ignorant tout de ces prédateurs implacables qui l’attendent sans un mouvement, juste quelques pas de plus, allez, approche, encore un peu, juste un peu, ce qu’il faut pour que je n’aie aucune chance de te manquer, que mes chélicères se plantent dans ta chitine, qu’elles te transpercent pour y déverser mon poison, jusqu’à ce que tes entrailles se mettent à fondre, et que j’aspire, délicieusement, ton jus, tandis que tu convulses, encore vivant, pleinement conscient de moi, énorme, qui te mange. »

« Cette femme est d’une liberté totale, elle n’est figée nulle part. Insaisissable, comprit Hugo dès qu’il la vit. Il aimait dresser le portrait de celles et ceux qu’il croisait comme s’il était dans un roman. En l’occurrence c’était celui d’une Ophélie moderne, flottant non dans un linceul d’eau mais bien dans l’air de la vie dont elle rayonnait, notamment par le pétillement sensible de ses yeux. Ses iris brûlaient d’une fièvre séditieuse, déployant une palette de bruns semblable à un arc-en-ciel automnal, taillés dans de l’œil-de-tigre, d’un marron profond au noisette le plus clair. Sa chevelure flamboyante, intolérante à la norme, ni blonde ni châtaine, quelque part ailleurs, refusait de ployer dans la brise, menait sa propre bataille. »