J’ai lu

« Les larmes du vin sont des larmes sans chagrin. »
Intronisé « Chevalier du Tastevin » en grande cérémonie, Daniel Picouly, le narrateur de cette histoire, est invité à faire un discours sur le vin, trésor national et mystère absolu. Le défi est grand pour le « cancre des cépages. Ce qui pouvait apparaître comme un malentendu devient alors l’occasion de revisiter son itinéraire singulier, et de s’interroger sur la place de ce « liant social » dans nos existences.
De son enfance à aujourd’hui, il convoque de tendres souvenirs et des anecdotes cocasses dont on savoure le nectar. L’auteur se fait, avec humour et fantaisie, l’observateur des effets du vin sur chacun d’entre nous, esquissant une sorte de petite philosophie en forme d’éloge de la quête, de la mesure et de l’équilibre. Un bonheur.
On retrouve dans ce récit drôle, émouvant et sans doute le plus personnel, le panache de l’auteur du Champ de personne, Grand Prix des Lectrices de Elle, et de L’Enfant Léopard, prix Renaudot.

Je me suis vraiment régalée en lisant ce roman , Daniel Picouly a l’art de nous mettre dans la confidence de son parcours de vie avec un humour des plus appréciable. Franchement je vous recommande ce livre , un excellent remède contre la morosité ambiante.

Quelques extraits

«  En fait , si vous écriviez un texte plus conséquent vous ne choisiriez pas , comme titre, In vino veritas mais plutôt In bio veritas ( Je ne suis pas sur de le comprendre.)Vous avez fait du latin ?

_ Seulement dans les pages roses.

_ ça se voit.( Bien aimable ! ).En réalité, l’expression In vino veritas ne dit pas que c’est dans le vin qu’on trouve la vérité, mais plutôt dans le chemin où le vin vous mène: la sagesse ou l’ivresse.(Où Eymeric essaierait il de m’embarquer?) Ce sont deux tentations dont les extrêmes se rejoignent. Une version vinicole des deux infinis de Pascal.(ça fume dans le pressoir)Vous avez fait de la philo?(Seulement dans une baignoire. »

« Incroyable ! La m’am ne se souvient pas quels vins bizarres j’ai reçus pour mes anniversaires. Alors, je les ai imaginés. 

Pour mes un an : un vin de glace, le « Yéti », fait à partir de raisins vendangés sous la neige.

À mes deux ans : une bouteille de « Sherpa », un vin de l’extrême qui pousse à plus de 5000 mètres d’altitude sur une pente à 30 degrés. 

Pour mes trois ans, « Hoggar », un vin récolté à dos de chameau, au milieu du Sahara, avec une rose des sables sur l’étiquette. 

À quatre ans, « Abysse », une amphore d’un vin sous-marin récolté en bathyscaphe, dans la fosse des Philippines, à déguster avec palmes, masque et tuba. 

Pour mes quinze ans, un vin de cinéma : « Les Tontons », un vin voyou sulfaté rouge sang premier cru et blanc de noces, du 24 degrés/seconde, trois cépages royaux : du Volfoni italien, du Naudin rustique et du Folace folasse. Robe de deuil, bouquet de chrysanthèmes et cordite, nez de bourre-pif, Audiard en bouche et palais de justice. Silencieux au débouché.

Ces vins bizarres auraient tout changé, si je les avais connus. J’avais de quoi rêver. Je serais devenu trappeur, chasseur d’ours au Canada, méhariste, scaphandrier, sherpa dans l’Himalaya, cascadeur ou vendeur de tractopelles à Montauban.  

« Et maintenant ?
Je savais bien que jamais je n’en aurais fini avec la ponctuation. Aussi longtemps que je vivrais, et donc aussi longtemps que j’écrirais, je me battrais avec les signes, je m’acharnerais à bien placer les virgules. Et les points. Et les points-virgules. Sans oublier les tirets, les crochets, les chevrons auxquels je n’avais pas jusqu’ici prêté assez d’attention.
Mais une petite voix me parlait. Elle me vait de tout au fond, là, au milieu du ventre entre coeur et nombril:
– Toi aussi, tu as une histoire, Jeanne, ton histoire secrète. L’heure est venue de la raconter. »

Erik Orsenna a une superbe façon de parler de la langue, jamais il n’est ennuyeux , il nous captive du début à la fin de cet ouvrage. Il faudra que je lise les autres aventures de Tom et Jeanne de cet auteur .

Quelques extraits :

« Qu’est-ce qu’un discours ?
Une sorte de chanson, où la musique (le ton, le rythme) joue un rôle aussi grand que les paroles. Un discours s’écrit en parlant, en parlant fort. Les mots ressemblent à de jeunes oiseaux : ils doivent être lancés dans l’air pour vérifier s’ils savent voler. Si les mots s’écrasent, il faut en changer. »

« Notre langue n’est pas seulement un moyen de nous comprendre. C’est un bien que nous avons tous en partage, les petits comme les grands, les faibles comme les puissants ; c’est notre chose commune (respublica en latin, « république »). »

« On a tous de drôles d’amis, des amis que nos autres amis détestent, des amis dont nos autres amis nous disent : mais vraiment, sois franche, qu’est-ce que tu lui trouves ?
Ce drôle d’ami, pour moi, c’est la grammaire.
La grammaire essaie de mettre de l’ordre dans le grand peuple des mots. Si on ne leur imposait pas des règles, ils iraient n’importe où, les mots. Ils s’assembleraient n’importe comment. Et plus personne ne se comprendrait. Ou alors ils resteraient chacun dans son coin, ils refuseraient de former des phrases. Quel dommage ! Quel gâchis ! La grammaire rapproche, la grammaire relie, la grammaire accorde. »

Dans le train qui la ramène de Marseille à Paris, Morgane s’ennuie. « Confiez-moi un secret » demande-t-elle à ses abonnés.
Des centaines de messages affluent, tous plus personnels les uns que les autres. Elle en lit un, deux, puis elle les dévore tous, touchée par la fragilité qui s’en dégage. D’où lui vient cet intérêt pour l’intimité de ces personnes ?
La curiosité se mue en enquête, mais à mesure qu’elle progresse, un souvenir émerge à l’ombre des secrets des autres : le sien. Une histoire de famille secrète et douloureuse, celle d’une lignée de femmes marquée par le silence.
Archiviste de l’amour, révolutionnaire de l’intime et poétesse, suivie par plus d’un million d’abonnés sur Instagram, Morgane Ortin est l’autrice d’un premier best-seller, « Amours solitaires », traduit en cinq langues. Avec son nouveau livre, « Le secret », elle délaisse les rivages de l’amour pour les abîmes de l’intime, révélant une autrice sensible et audacieuse.

Avis un peu mitigé concernant ce livre.. Certains témoignages me semblent tres bien analysés d’autres moins.

Quelques extraits

« Les secrets à étages m’ont
d’abord surprise, voire décontenancée. Pourquoi me confiait-on la plupart du temps les symptômes plutôt que les origines ? Par pudeur, par honte,
ou par besoin d’être rassuré avant d’aller plus loin. Parfois, aussi, parce qu’il est difficile de réaliser jusqu’où remontent les racines de nos silences. »

« J’ai grandi en extérieur, dans le bruit, pour ne pas entendre les silences qui emplissaient ma maison. Maintenant que je tends l’oreille, ce silence me parait de plus en plus assourdissant. »

« J’ai déjà menti par amour, construit des mondes parallèles pour protéger l’autre jusqu’à y croire moi-même. Je le faisais pour eux autant que pour moi, car mettre en péril ceux auxquels on est attachés, c’est se mettre en péril soi-même. L’amour, quoi qu’on dise, lie les existences, les responsabilités et les secrets. Souvent, c’est lorsque l’intimité se brise que la vérité éclate. »

J’ai lu

Je m’aperçois que je n’ai pas renseigné cette rubrique depuis un certain temps déjà. Je me rattrape un tantinet aujourd’hui.

Bon dimanche à vous toutes et tous.

La famille Pelletier.
Trois histoires d’amour, un lanceur d’alerte, une adolescente égarée, deux processions, Bouddha et Confucius, un journaliste ambitieux, une mort tragique, le chat Joseph, une épouse impossible, un sale trafic, une actrice incognito, une descente aux enfers, cet imbécile de Doueiri, un accent mystérieux, la postière de Lamberghem, grosse promotion sur le linge de maison, le retour du passé, un parfum d’exotisme, une passion soudaine et irrésistible. Et quelques meurtres.
Les romans de Pierre Lemaitre ont été récompensés par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. Après sa remarquable fresque de l’entre-deux-guerres, il nous propose aujourd’hui une plongée mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses.

Si vous avez déjà lu la trilogie précédente, soyez surs de trouver dans ce roman le même plaisir de lecture que pour « au revoir là haut », « couleurs de l’incendie » , « miroirs de nos peines ». L’auteur vous prend par la main pour vous faire vivre avec la famille Pelletier des évènements aux multiples rebondissements, sans temps mort. Un régal à cent pour cent.

« Entre la terrasse du Métropole et celle du Cristal Palace, vous avez tout ce qui importe à Saïgon. Diplomates sur le retour, aventuriers, séducteurs, banquiers corrompus, journalistes alcooliques, prostituées et demi-mondaines, aristocratie française, communistes masqués, planteurs richissimes, tout est là. L’erreur serait de croire que Saïgon est une ville. C’est un monde à part entière. La corruption, le jeu, le sexe, l’alcool, le pouvoir, tout s’y donne libre cours sous l’autorité de la déesse absolue, celle que tout le monde révère, à savoir sa Majesté la Piastre ! »

« — C’est un imbécile. lâcha le garçon.
— Non, c’est un con.
— C’est pareil.
M. Pelletier s’arrêta de jouer.
— Non, c’est pas pareil. Si tu expliques trois fois un truc à quelqu’un et qu’il ne le comprend pas, c’est un imbécile. Mais si, à la fin, il est certain de l’avoir compris mieux que toi, alors, tu as affaire à un con. »

Été 1945. Incarcéré à la prison de Toulouse en attente de son jugement pour intelligence avec l´’ennemi, un collaborateur revient sur son parcours criminel dans les rangs de la Milice et de la Waffen-SS en consignant ses souvenirs et ses réflexions dans un carnet que lui ont procuré ses gardiens. Au fil de l´instruction de son affaire, le jeune homme, ancien garde du corps de Joseph Darnand, va entrer en conflit avec son avocat, qui lui reproche de ne pas être accessible à la résipiscence. Mais, à l´heure de l´’ audience, alors que témoins et enquêteurs mettent à mal la défense de l´accusé, un événement inattendu va faire basculer l’ ´issue du procès.

Dans ce livre, il revisite la période d’après-guerre, 1944 et 1945, les règlements de compte, les procès… et ce n’est pas la première fois que Pierre Hanot rouvre une période trouble de notre histoire ( voir « aux vagabonds l’immensité » ) . Dans son cachot, en 1945, entre les visites de son avocat (autre personnage important du roman), ce collabo note ses réflexions sur un carnet, qui donne du rythme à ce livre, faisant balancer le lecteur entre le récit et la lecture de ces carnets. Pierre Hanot manie avec brio l’art de la description, celui de l’assemblage des détails qui vous font voir autant que lire un récit. Mais ce roman scrute d’abord l’âme d’un « salaud intégra.

Malin Förs 02
C’est la canicule…
Des incendies ravagent Linkoping.. .
Dans la fournaise, un pervers sexuel ….
500.000 lecteurs ..
C’est l’été le plus chaud que Linköping ait jamais connu. La forêt qui borde la ville s’embrase, les nuages de fumée planent dans le ciel obscurci et menacent les citadins. Les incendies n’empêchent pas un pervers sexuel particulièrement sordide et cruel de faire régner la terreur dans la ville. L’enfer brûlant des flammes crée une sorte de solidarité parmi les gens, alors que la peur et l’angoisse face aux meurtres horribles du tueur font émerger des soupçons et des préjugés envers celles et ceux qui semblent différents. […]

Une belle découverte d’auteur de roman policier suédois avec Mons Kallentoft et un été qui n’est pas sans rappeler celui que nous vivons actuellement.

« … tout finit par tourner autour de cette obsession des médias, du culte de la célébrité et cette exagération du moyen et de l’inintéressant jusqu’à en faire une religion. Notre âme ne trouve la paix, pense Malin, c’est pourquoi nous nous intéressons à des choses si futiles. »

« Les champs de blé s’inclinent devant la chaleur, on dirait un poing géant qui presse les plantes par terre en tonnant : ne crois pas pouvoir vivre, pas cet été, ce sera l’année de la terre brulée. »

« La carte postale est arrivée dans notre boîte aux lettres au milieu des traditionnelles cartes de voeux. Elle n’était pas signée, l’auteur avait voulu rester anonyme. Il y avait l’opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et son oncle, morts à Auschwitz en 1942. Vingt ans plus tard, j’ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale, en explorant toutes les hypothèses qui s’ouvraient à moi.
Ce livre m’a menée cent ans en arrière. J’ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Paris, avec la guerre et son désastre.
J’ai essayé de comprendre pourquoi ma grand-mère Myriam fut la seule qui échappa à la déportation. Et d’éclaircir les mystères qui entouraient ses deux mariages.
Le roman de mes ancêtres est aussi une quête initiatique sur la signification du mot “Juif” dans une vie laïque. »


À la fois récit des origines et enquête familiale, ce roman se dévore.

« Mais Ephraïm, l’ingénieur, le progressiste, le cosmopolite, a oublié que celui qui vient d’ailleurs restera pour toujours celui qui vient d’ailleurs. La terrible erreur que commet Ephraïm, c’est de croire qu’il peut installer son bonheur quelque part. L’année suivante, en 1924, un baril de caviar avarié plonge la petite entreprise dans la banqueroute. Malchance ou manœuvre de jaloux ? Ces migrants arrivés en charrette sont devenus trop vite des notables. Les Rabinovitch deviennent persona non grata dans le Riga des goys. Les voisins de la cour Binderling demandent à Emma de cesser d’importuner le quartier avec le va-et-vient de ses élèves. Elle apprend par ses relations de la synagogue que des Lettons ont pris son mari pour cible et qu’ils l’importuneront jusqu’à ce qu’il n’ait plus d’autre choix que de partir. »

« L’homme ne peut pas vivre sans la nature, lui souffle Boris à travers le renard. Il a besoin d’air pour respirer, d’eau pour boire, de fruits pour se nourrir. Mais la nature, elle, vit très bien sans les hommes. Ce qui prouve combien elle nous est supérieure. »

L’éternité n’empêche pas l’impatience : Noam cherche fougueusement celle qu’il aime, enlevée dans de mystérieuses conditions.L’enquête le mène au Pays des Eaux douces −la Mésopotamie − où se produisent des événements inouïs, rien de moins que la domestication des fleuves, l’irrigation des terres, la création des premières villes, l’invention de l’écriture, de l’astronomie.
Noam débarque à Babel où le tyran Nemrod, en recourant à l’esclavage, construit la plus haute tour jamais conçue. Tout en symbolisant la grandeur de la cité, cette Tour permettra de découvrir les astres et d’accéder aux Dieux, offrant une véritable « porte du ciel ».
Grâce à sa fonction de guérisseur, Noam s’introduit dans tous les milieux, auprès des ouvriers, chez la reine Kubaba, le roi Nemrod et son architecte, son astrologue, jusqu’aux pasteurs nomades qui dénoncent et fuient ce monde en train de s’édifier.
Que choisira Noam ? Son bonheur personnel ou les conquêtes de la civilisation ?
Dans ce deuxième tome de la saga La Traversée des Temps, Eric-Emmanuel Schmitt met en jeu les dernières découvertes historiques sur l’Orient ancien, pour nous plonger dans une époque bouillonnante, exaltante, prodigieuse, à laquelle nous devons tant.

Vraiment subjuguée par la richesse historique, culturelle et philosophique de la narration, qui opère une fascinante mise en perspective de l’évolution humaine, au travers notamment de ses mythes. Un réel coup de coeur pour cette saga commencée avec Noam et Noura dans le premier tome de la traversée des temps . Impatiente de découvrir la suite .

« Les gens cherchent le succès matériel qui les hissera au-dessus de leur voisin, ils paniquent à l’idée de rater. Rater quoi ? Réussir ne consiste pas à acquérir quatre maisons, car tu n’en habites jamais qu’une et à l’intérieur, tu n’es que toi-même. II ne faut pas posséder plus, mais exister mieux. Toutes les rues de Babel conduisent à des impasses. Et tous les chemins qui partent de Babel prennent une fausse route. »

« En lui offrant une perpétuité, l’écriture a changé l’homme. De simples inventaires des objets, elle est devenue le conservatoire des âmes : elle a lutté contre la détresse, nourri l’orgueil, flatté le narcissisme, développé l’individualisme. Par elle, la fatuité a crû autant que la civilisation. »

 » Je m’agenouillai devant lui. Quoi de plus mystérieux et plus profond que le regard d’un chien ? ………En un éclair, je compris ce que m’avait apporté Roko durant des années. Il m’avait soutenu, épaulé, amusé , attendri. Curieux, joueur, il avait affirmé sa gaieté et entrainé la mienne. Il avait été mon ardeur, mon allégresse , ma jeunesse. Il m’avait accompagné , marcheur ou sédentaire, dans les rues des cités ou au milieu de la nature, au coeur des forêts ou au creux des dunes, euphorique ou placide. Il m’aimait sans réserve. Du coup je lui rendais le même amour. Un amour pur, dépourvu de filtre, de calcul. Un amour épanoui. « 

Le mot mystère

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Le mot à trouver : librocubiculariste

Les anagrammes sont soulignées .

« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. (Molière : Le Bourgeois gentilhomme) »

Un remerciement que je retourne illico à Lilou, car comme monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir, je suis librocubiculariste sans m’en être doutée une seule seconde. Libro quoi ? Je vous vois lever le sourcil . Mais non, je ne scribouille pas n’importe quoi . Il suffit de bousculer un peu les neurones endormis , de les solliciter un maximum pour retrouver le latin qu’ils ont emmagasiné , il y a bien longtemps maintenant. Bonne pioche, nous voilà sur orbite, je récupère « liber le livre » et « cubilum la chambre ». Après pour le suffixe iste , il définit la personne s’adonnant à cette activité . Donc tout s’explique avec ce genre d‘outils pour décortiquer les mots .

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il m’est impossible de faire la culbute dans les bras de Morphée sans avoir au préalable parcouru les pages d’un livre. La lecture occulte toutes les carabistouilles de la journée, le moindre souci s’efface des la première page comme par magie. Allez savoir pourquoi les scènes de crime d’un polar restent tranquillement à leur place sans obscurcir durablement votre nuit ni vous tirailler hors du lit , un vrai mystère. J’avoue que la même scène parait nettement plus brutale voire atroce sur un écran, vous empêchant de fermer l’œil durablement .

Quant au meilleur endroit pour s’adonner à la lecture, dans l’absolu je répondrais bien tous , le lit n’ayant quand même pas l’exclusivité.

Voilà un moment que je n’ai pas renseigné la rubrique  » j’ai lu », aussi vais – je clôturer cet article avec les romans lus récemment .

Noémie Chastain, capitaine en PJ parisienne, blessée en service d’un coup de feu en pleine tête, se voit parachutée dans le commissariat d’un village perdu, Avalone, afin d’en envisager l’éventuelle fermeture.
Noémie n’est pas dupe : sa hiérarchie l’éloigne, son visage meurtri dérange, il rappelle trop les risques du métier… Comment se reconstruire dans de telles conditions ?
Mais voilà que soudain, les squelettes des enfants disparus vingt-cinq ans plus tôt, enfermés dans un fût, remonte à la surface du lac d’Avalone, au fond duquel dort une ville engloutie que tout le monde semble avoir voulu oublier…

Scotchée dès l’ouverture du livre , on ne peut que se laisser prendre par l’histoire que nous raconte Olivier Norek. Celle de cette policière qui devra apprendre à s’accepter telle qu’elle est . Comme le dit l’auteur  » J’ai voulu dans Surface aborder le thème de l’acceptation. Si vous ne faites pas de lumière, vous n’attirerez pas les papillons, me disait un psychiatre. Si vous ne vous acceptez pas, personne ne le fera …Me voici, comme je suis, avec ce que j’ai de fort et avec ce qu’il me manque. Me voici, cassé, de guingois, mais unique. C’est ainsi que j’ai inventé ma première héroïne, Noémie Chastain. Je voulais parler d’une femme forte, déterminée et ambitieuse… alors pour la rendre encore plus exceptionnelle, je l’ai d’abord détruite. Si vous aimez Noémie, c’est pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle représente à la surface. »

Dans ce livre pas de temps mort, des fausses pistes, des rebondissements , un polar intense et addictif .

Face au mal qui se propage et qui a tué sa fille.

Pour les millions de victimes passées et les millions de victimes à venir

Virgil Solal entre en guerre, seul, contre des géants.

Un roman qui mêle fiction et réalité avec talent . On peut parler d’un roman policier mais il est loin de n’être que cela , c’est un véritable plaidoyer pour la prise de conscience de l’homme de son impact laissé sur la terre . Un véritable docu fiction que Norek nous donne à lire . J’ai été tres impressionnée par toute la documentation que partage l’auteur. Toutes les données chiffrées sont exactes, toutes les aberrations du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, tout est minutieusement référencé.

« C’est bien l’Homme la victime, et pas la planète. La planète n’a que faire de ses habitants. La Terre a 4 milliards 600 millions d’années et nous, à peine trois millions. Nous existons depuis 0,0002 % de son existence. Nous sommes un mauvais rhume, une intoxication passagère, et nous disparaîtrons pour la laisser tourner encore des milliards d’années. Elle ne craint rien, elle patientera jusqu’à notre mort. »

« Pierre et Claire sont éditeurs en ce début de XXIe siècle. Un grand groupe s’intéresse à leur maison.
La vendront-ils ? Et à qui ?
Ils sortent beaucoup, voient tout le temps Mathieu, leur ami écrivain.
Autour d’eux, Paris est en train de changer.
Leur génération vieillit. Cela meurt. Cela divorce.
Heureusement, les prix d’automne vont toujours à de mauvais livres.
Rentrée littéraire est un roman nostalgique. C’est aussi une histoire d’amour. Il n’y a pas de mal à ça. »

Un roman léger, nostalgique très parisien où les mondanités s’imposent . Pas franchement ma tasse de thé .

J’ai lu

Quatrième de couverture

Lui, dix-huit ans, fils de bonne famille, solitaire et rêveur. Elle, sans âge, sans domicile, abîmée par la vie et l’alcool. Tout les sépare.
Pourtant, un jour, rue du Bac, à Paris, leurs chemins se croisent. Contre toute attente, une extraordinaire amitié se noue. De celles qui changent une vie. De celles qui forgent à jamais une personnalité.
Saisir sa chance, affronter le mystère familial qui le hante, c’est ce que Célestine va transmettre à Martin. Et plus encore…

Une tres belle histoire d’amitié entre Martin et Célestine que rien au départ ne semble rapprocher.  Leur point commun, être passionnés par l’écriture. Un roman qui nous invite à ne pas juger et surtout à se nourrir des autres. Progressivement cs deux là vont apprendre à s’apprivoiser et la vie de Martin en sera complètement changée .

Extraits :

« Martin ne peut plus regarder les SDF comme avant ou plutôt il ne peut plus ne pas les regarder. Il est affolé par leur nombre. D’où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Il y en a partout : ceux du métro qui déclament d’une voix monocorde le récit de leur déchéance, ceux qui ne disent rien, mornes et abattus, accrochés à leur bouteille comme à une bouée de sauvetage, puis ceux qui sont trop saouls pour être conscients, étendus ivres morts à même le trottoir, baignant dans leur crasse, et qu’on enjambe avec indifférence. Partout, ils sont partout, la paume tendue à la sortie des grands magasins, sur les bancs publics, devant la queue des cinémas, aux feux rouges. On ne peut leur donner d’âge, car ils sont sans âge, sans identité, sans domicile. »

« les bourgeois, eux, me voient même pas, ils s’en foutent d’une cloche pépée ou mecton, parce que pour eux un clodo c’est pareil qu’une crotte de chien, faut l’éviter, faut pas marcher dessus, c’est tout. « 

« – Dis, tu m’aimes, Martin ?
– Oui, je vous aime, Célestine.
– Tu m’aimes comment ?
– Je vous aime d’un amour sincère et respectueux, comme l’amour d’un enfant pour un parent.
– Et moi, j’t’aime comme si je t’avais tricoté, j’t’aime comme si je t’avais porté dans mon ventre ! »

Quatrième de couverture

Cette « Traversée des temps » affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.
« Paradis perdus » lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Un excellent roman qui nous prend par la main pour nous faire vivre aux côtés de Noam , notre ancêtre. Vous allez vivre une véritable Odyssée , celle de l’humanité où le savoir se développe, les pensées évoluent . L’auteur tente de nous expliquer l’homme, son attitude parfois paradoxale à la fois lâche et courageux , ses sentiments, ses espoirs . Tous les sujets seront abordés avec clairvoyance, immigration, environnement, climat, nomadisme comme sédentarisation, affection comme amertume, amour comme mort, tout cela avec cette plume toujours aussi affutée .

extraits

« Nous sommes aveugles au monde parce que aveuglés par nous-mêmes. Nous sommes sourds au monde parce que assourdis par nous-mêmes. La rêverie nous sauve en nous rendant au monde. »

 » Par la qualité de son verbe et de son regard, il transformait tout lieu en décor, toute situation en scène, tout évènement en aventure, tout récit en suspense. Qualité suprême, il parvenait à rehausser chaque personne en personnage ; il m’attacha à des êtres que je n’avais jamais vus, que je ne fréquenterais pas, dont je me réjouissais d’apprendre le bonheur, dont je pleurais de découvrir le trépas. »

Des colonnes de migrants, j’en ai croisé pendant des siècles. Non seulement elles n’ont jamais cessé, mais elles ont crû avec le temps. Leur fréquence a augmenté, ainsi que le nombre de marcheurs qui les composent, passant de cette trentaine d’individus à plusieurs centaines, plusieurs milliers, plusieurs millions. A ceux qui doutent que l’humanité s’améliore, je signale ce progrès indiscutable ! Aujourd’hui, sur les écrans, j’aperçois des familles hagardes qui échappent aux coups d’une tyrannie ou aux bouleversements du climat ; lorsque j’arpente Beyrouth, je rencontre des Syriens cherchant à s’éloigner des terroristes qui les asservissaient, des bombardements qui détruisaient leur ville, de la famine, de la pauvreté, de l’injustice, du chaos. L’exode relève de la condition humaine.
Pourtant, ceux qui ne fuient pas refusent cette réalité. Provisoirement à l’abri, campés sur leur terrain ainsi qu’un chêne dans le sol, prenant leurs pieds pour des racines, ils estiment que l’espace leur appartient et considèrent le migrant comme un être inférieur doublé d’une nuisance. Quelle bêtise aveugle ! J’aimerais tant que l’esprit de leurs aïeux circule en eux, pour leur rappeler les kilomètres parcourus, les transhumances sans fin, la peur au ventre, l’incertitude, la faim. Pourquoi, au fond de leur chair, ne subsistent pas les souvenirs de leurs anciens qui survécurent au danger, à l’hiostilité, à la misère, aux guerres ? La mémoire de ces courages ou de ces sacrifices auxquels ils doivent leur vie les rendraient moins sots. S’ils connaissaient et reconnaissaient leur histoire, leur fragilité constitutive, la volatilité de leur identité, ils perdraient l’illusion de leur supériorité. Il n’existe pas d’humain plus légitime à habiter ici que là. Le migrant, ce n’est pas l’autre ; le migrant, c’est moi hier ou moi demain. Par ses ancêtres ou par ses descendants, chacun de nous porte mille migrants en lui.

« Si, de tout temps, on a craint les phénomènes physiques – l’écrasement d’une météorite géante, les éruptions volcaniques, la propagation d’un virus mortel-, on redoute actuellement les nuisances humaines. Non seulement l’emploi de l’atome déchainerait un cataclysme à travers une troisième conflit mondial, mais des manipulations criminelles ou accidentelles entraîneraient aussi bien une pandémie ravageuse qu’un crash informatique, et, par effet domino, une faillite des structures bancaires, des systèmes sécuritaires. Inéluctable, incontrôlable, la surpopulation amène la famine, tandis que le réchauffement climatique provoque l’effondrement. »

Quatrième de couverture

L’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place. L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu. L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite.
C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.

Un livre qui ne laisse vraiment pas indifférent . Vous passez des rires aux larmes en un temps record. Je n’ai eu aucun mal à me glisser dans la peau de Lili ( le fiston né prématuré ayant fait un séjour d’une quinzaine de jours en néonat ) ni dans celle d’Elise qui voit son univers changer après le départ de ses enfants.

Un livre plein de tendresse, d’émotion vraie et d’humour .

Extraits

« Vous avez mis au monde votre fille, mais pas uniquement. J’ai la joie de vous présenter votre petit deuxième : il s’appelle Angoisse. C’est un enfant vorace, qui se nourrit essentiellement de larmes, de peur et de colère, à toute heure, à tout endroit, il n’est jamais rassasié. Il souffre du syndrome d’abandon, il ne tolère pas qu’on le laisse seul, la nuit, le jour, il sera là, près de vous. Il se peut que vous le trouviez également égocentrique, c’est normal. Il a besoin de toute l’attention, toute la lumière. Pour s’en assurer, il se manifeste régulièrement, avec une nette préférence pour les moments où on ne s’y attend pas. Je ne vous cache pas qu’il n’est pas facile à vivre, mais c’est la tradition. Il est offert à tous les nouveaux parents, en guise de bienvenue. C’est le secret le mieux gardé de la parentalité. »

« Nous sommes tous les mêmes, sur la ligne de départ, c’est en route que nous différons. Les uns seront chaussés de souliers confortables, les autres seront ralentis par un sac à dos déjà trop lourd. Les uns auront un vent de bienveillance dans le dos, les autres seront pris dans des bourrasques de violence. Les uns sont nés sous une bonne étoile, les autres sont nés, tout court. »

« On dit qu’il est impossible de prendre la douleur des autres. C’est vrai. Ce serait formidable, si on pouvait la confier momentanément à quelqu’un, le temps de reprendre son souffle, ou la partager pour en distribuer des petits bouts autour de soi. »

J’ai lu

Quatrième de couverture

Comme tout le monde Julie a fait beaucoup de trucs stupides. Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant les escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu’elle n’a pourtant encore jamais vu _ obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boite aux lettres en espionnant un mystérieux courrier ..

Mais tout cela n’est rien à côté , absolument rien à côté des choses insensées qu’elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois attirée et intriguée par cet individu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout. Julie va prendre des risques toujours plus délirants jusqu’à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question : pour qui avons nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

Une bouffée d’oxygène ce livre , je n’ai jamais autant ri tant l’auteur se met complètement dans la peau de son héroïne, Julie. C’est d’ailleurs incroyable de voir comment il a pu intégrer toute la psychologie féminine . Julie n’est pas la seule dans ce roman à attirer les regards tous les personnages sont attachants. Un savant mélange de tendresse et d’humour pour en faire le portrait, Gilles Legardinier fait mouche à chaque fois . J’aime beaucoup la façon dont l’auteur nous fait part des vraies pensées de Julie dans les dialogues alors que ce qu’elle dit est souvent aux antipodes. Loin de certains livres à l’eau de rose , la recherche de l’Amour avec un grand A y est superbement dressé que ce soit par Julie ou par ses amies . La tendresse aussi se rencontre dans les relations tissées entre les copines, les personnes que côtoient Julie comme Mohamed , la boulangère, madame Rouland.

Bref un livre que je vous conseille vraiment , un anti sinistrose tres efficace qui vous redonne le sourire si vous l’avez perdu .

« Je ne sais pas pour vous mais, au début de ma vie, il n’y avait que deux sortes de personnes dans mon univers : celle que j’adorais et celles que je détestais. Mes meilleurs amis et mes pires ennemis. Ceux pour qui je suis prête à tout donner et ceux qui peuvent aller crever. Ensuite on grandit. Entre le noir et le blanc, on découvre le gris. On rencontre ceux qui ne sont pas vraiment des amis mais que l’on aime quand même un peu et ceux que l’on prend pour des proches et qui n’arrêtent pas de vous planter des couteaux dans le dos. »

« Il faut tout espérer, au risque d’être déçu. Il faut tout éprouver au risque d’être blessé, tout donner au risque d’être volé. Ce qui vaut la peine d’être vécu vous met forcément en danger. »

« Ce matin-la j’ai découvert une des sept vérités fondamentales qui commandent l’univers: le bonnet péruvien ne va a personne ……Je ne sais pas si c’est la forme, la matière ou la couleur mais franchement, je comprends que ça énerve les lamas et qu’ils crachent sur des innocents »

« Vous avez déjà rencontré des gens qui font une fête pour leur divorce ? Moi, oui. D’habitude, ce sont plutôt les futurs mariés qui s’amusent. On les entend klaxonner le samedi quand ils roulent en cortège vers la mairie, on les croise la veille en bandes, dans les rues, habillés en clown ou quasi nus. A grand renfort de trompettes et de tambourins, ils exhibent aux badauds ternes leur joie d’enterrer leur vie de jeunes célibataires – parfois à plus de trente-cinq-ans… Mais moins d’un an plus tard, quand les 19% des statistiques se séparent, plus personne ne lance de confettis. Eh bien, Jérôme, si.
Je n’ai pas assisté à ses deux premiers mariages, mais j’étais présente au troisième. Trois mariages et trois divorces à trente-deux-ans, ça interpelle. Le proverbe dit :  » A ton deuxième naufrage, n’accuse pas la mer.  » La sagesse populaire ne s’est pas aventurée jusqu’au troisième. »

J’ai lu

« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris – New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, ‘L’Anomalie’ explore cette part de nous-même qui nous échappe.

Un scénario construit de main de maitre, des narrations qui s’emboitent sans faux pas . C’est à la fois un roman psychologique, un roman policier, un roman d’espionnage, un roman dans lequel chaque lecteur va pouvoir s’identifier en réalisant une confrontation à son propre moi . Tout comme ses personnages vous vous poserez cette question : Que serait notre vie si nous avions pu choisir à un moment donné une autre voie ? L’auteur passe du polar à l’intime avec beaucoup de talent et aborde aussi les questions sociétales sans jamais perdre son rythme .

J’ai vu la conférence d’Hervé Letellier pour la fête du livre avant d’avoir lu son livre , j’ai tout de suite su que ce livre m’intéresserait et je vous le recommande .

« Le président américain reste immobile, comme sonné. Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective. « 

« L’espoir nous fait patienter sur le palier du bonheur. Obtenons ce que nous espérions, et nous entrons dans l’antichambre du malheur. »

« la liberté de pensée sur internet est d’autant plus totale qu’on s’est bien assuré que les gens ont cessé de penser. « 

« Comment peut-il être aussi intelligent et aussi fragile à la fois ? Mais l’amour, c’est ne pas pouvoir empêcher le cœur de piétiner l’intelligence. »

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre. « 
C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés,  » car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .

Comme à son habitude Cécile Coulon excelle dans la description des lieux et des personnages . Elle sait nous peindre avec beaucoup de poésie l’atmosphère tres particulière de ce manoir . Cet endroit où Aimée va habiter semble maudit tant il parait menaçant . Dans son intrigue Cécile Coulomb habilement nous mystifie , nous entrainant là où on ne s’y attend pas. Aimée se heurte aux silences de cette demeure, aux silences de son époux, aux silences de ce lieu comme on se cogne à des murs en essayant de tâtonner. Au fur à mesure que les pages défilent nous ressentons le même malaise qu’elle . L’auteure distille à merveille cette menace incertaine qui plane sur Aimée. Un roman addictif que je vous conseille pour cette mise en lumière des espoirs fous , des non dits, des libertés entravées, et cette intrigue si bien orchestrée par l’auteure .

« Au bout d’un mois, le corps des hommes était, pour elle, comme un rosier, un insecte ou une couleur du ciel. Une jolie habitude, un spectacle recommencé, en surface de ses émotions tel un gros nénuphar aux feuilles sans relief, donc la fleur peinait à éclore »

 « Le château se fondait dans la végétation, comme s’il était né de la forêt, protégé par elle sans qu’elle le dévore, habillé par ses feuilles et ses plantes grimpantes, bourdonnant d’abeilles, et pourtant étincelant et propre comme les costumes de Candre. Elle imaginerait un œil géant, de lumière et de verdure, tandis que la voiture s’arrêterait devant l’escalier, usé, vestige des caprices de Jeanne Marchère. Un œil immense posé sur elle, aux cils de vantaux plats, aux cernes de vitres impeccables. Elle ne saurait en ces lieux quoi répondre aux silences de la forêt. »

« Il marchait sans la regarder. Son visage, paisible et blanc, semblait pris dans les couleurs des arbres et des mousses, des écorces et des herbes. Il réglait son pas sur celui d’Aimée, prenant soin de ne pas la dépasser ni de la ralentir, mais une partie de lui-même s’échappait de leur conversation et filait dans les feuillages comme un écureuil. »

 » Nous sommes au printemps en Provence, il fait beau, les fenêtres sont grandes ouvertes. C’est comme une invite faite à un papillon de passage , de venir voir et inspecter les lieux . Vincent , lui, écrivain célèbre, sature de passer ses journées à écrire, malgré la reconnaissance du public . Il est prêt à abandonner ses personnages, à ouvrir portes et fenêtres , à quitter son bureau dont il se sent prisonnier. »

Eglantine a l’art de nous prendre par la main pour nous faire découvrir l’Eouvé , une belle demeure familiale où toutes les générations se côtoient et où l’art de vivre y est chaleureusement distillé. Grâce au papillon qui s’arrête un jour de printemps à la fenêtre du bureau, nous allons entrer plus particulièrement dans l’univers de Vincent. Découvrir les rapports qu’il entretient avec l’écriture , cette immersion dans le vécu de ses personnages et connaitre ses propres aspirations et ses difficultés quand l’inspiration n’est pas forcément au rendez – vous. Lors de sa pause Vincent va renouer avec l’extérieur comme le lui suggère Léo le papillon. Peu à peu les secrets de famille referont surface , tout comme les histoires d’amour.

J’ai particulièrement aimé les dialogues entre Léo et Vincent , les références littéraires placées dans ces échanges et cette campagne provençale si bien évoquée au cours des promenades et des pauses de Vincent. J’ai retrouvé avec un grand plaisir la Camargue , ses chevaux , ses taureaux et cette luminosité si particulière des marais et des lagunes, tout comme l’ambiance des manades. J’ai apprécié aussi le choix des personnages, tous très attachants et cet interlocuteur si particulier, Léo, qui distille ses leçons de philosophie avec beaucoup de talent. L’univers du conte n’est jamais bien loin avec Eglantine et c’est un régal d’y pénétrer. Une lecture que je vous recommande.

 » Le papillon , après avoir virevolté ici et là , le temps de se délecter du parfum du thym , de la camomille, du pois de senteur et de toutes les fleurs se trouvant sur son passage, décide de prendre lui aussi un temps de repos sur une rose trémière . C’est le lis Aureto qui les bercera tous deux le temps de leur sieste, jusqu’en fin d’après midi »

« Il a mis de côté ses rêves d’un ailleurs différent, et n’a jamais quitté ce coin de Provence au paysage étonnant de la plaine de Berre où le soleil se reflète sur l’étang. Les gros oiseaux qui décollent ou arrivent à l’aéroport de Marseille Marignane ont longtemps nourri son imaginaire d’enfant qui rêvait d’être aux commandes de l’un d’entre eux pour de longs voyages. »

 » En arrivant ici j’ignorais que j’aurais une mission à accomplir! Parfois je me demande si je suis son ange gardien ou sa conscience ! ….En plus de virevolter après des fleurs , mes amies, je me suis découvert ..comment dire …un don de conseil et de protection envers les humains! Galéjades que tout cela dirait – on dans le midi et pourtant ! « 

« J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre .»

La famille que David Foenkinos nous fait découvrir nous allons vraiment nous y attacher. Il sait faire preuve de beaucoup d’humour et de tendresse pour la mettre en scène . Même si au départ cette famille peut paraitre banale , nous découvrons que chaque vie peut se révéler passionnante et devenir le sujet d’un roman.

L’auteur souligne les méfaits de notre époque de manière subtile et nous offre un conte moral bien agréable . Il devient tour à tour spectateur et acteur dans ce roman et peu à peu les non – dits sont levés tout comme les secrets et les coups bas . Une lecture que je vous recommande aussi .

« « C’est classe, on a un biographe officiel, dit-il.
–Merci, répondis-je, sans trop savoir si c’était un compliment ou juste un point de vue.
–Mais bon, j’aurais préféré Amélie Nothomb. »
Pour paraître décontracté, j’ai souri à cette saillie. C’était plutôt positif ; je tenais là un spécimen d’une catégorie en voie de disparition : un adolescent capable d’une référence littéraire. À vrai dire, cette percée sociable demeurerait unique dans la soirée. Il ne fallait pas trop en demander: une réplique par dîner, c’était déjà beaucoup. »

« Comme à chaque fois que j’étais invité chez quelqu’un, je regardai la bibliothèque. J’ai l’impression qu’on peut tout savoir d’une personne en observant les livres qu’elle possède. À l’époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s’y trouvaient. S’il n’y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m’était impossible d’acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C’était comme apprendre qu’un crime horrible avait eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait crédible qu’il puisse exister une sorte de fantôme de l’inculture. »

« Le monde occidental a fait de la crise un slogan tout-terrain. Au fond cela renvoie à la solitude absolue de chacun. Je pense aussi souvent à cette célèbre phrase d’Albert Cohen : «Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »

J’ai lu

Je me suis aperçue que je ne vous avais pas encore présenté les ouvrages lus au mois de novembre. Il est encore temps de le faire avant de vous parler de ceux de décembre .

Jamais Antoine n’aurait pensé que son grand-père puisse agir ainsi : il y a quelques heures à peine, l’adolescent sortait du lycée, s’apprêtant royalement à rater son bac. Kidnappé par papi à bord d’un vieux coupé Volvo, il roule à présent vers l’inconnu, privé de son iPhone. À 82 ans, François Valent, journaliste brillant, aura parcouru le monde et couvert tous les conflits du globe sans jamais flancher.
S’il a conclu un marché avec son petit-fils, c’est pour tenter de le convaincre de ne pas lâcher ses études. Mais ce voyage improvisé ne se fera pas sans heurts. La destination vers laquelle le vieil homme conduit Antoine – la ville de Villefranche-de-Rouergue, où il a grandi – a ce parfum particulier du remords. C’est là que l’enfance de François a trébuché. Lors d’un drame sanglant de la Seconde Guerre mondiale dont l’Histoire a gardé le secret. À la fois quête du souvenir et voyage initiatique, cette échappée belle les révèlera l’un à l’autre.
La vraie vie n’est jamais là où on l’attend.

Une tres belle découverte que celle de Sophie Louvière avec ce roman . Avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse elle nous plonge dans les relations qui existent entre ses trois personnages . Nous vivons réellement toutes les pensée qui sont dans leur tête, chacun s’exprimant avec son langage et ses ressentis . Un roman vraiment touchant et un style plein de poésie que j’ai vraiment appréciés.

« Je n’étais pas seulement son ami, j’étais le prolongement de son ombre dans le lit du ruisseau où nous pêchions, le grain de sable dans ses cheveux mal peignés, l’épaule contre laquelle il s’appuyait par mollesse et provocation durant la messe, le complice consentant de ses tricheries et dont il recopiait les réponses dans son cahier d’école dès que nos professeurs tournaient le dos, l’oreiller étouffant ses sanglots lorsque son père le corrigeait de ses escapades nocturnes, usant la lanière d’une ceinture sur son dos. De ces instants où Jean abandonnait des larmes sur mon pull, je jouissais d’un bonheur coupable. »

« Le malheur, c’est comme une brassée de fleurs qui te tombe dessus. Tu peux choisir d’en faire une couronne mortuaire ou bien un bouquet qui fleurira la table d’un banquet pour le mariage de tes petits-enfants. »

« C’était l’embrasement d’une toile de maître, le baiser inattendu de l’arc-en-ciel juste avant qu’il ne s’efface. Un nuage couleur acier menaçait d’éteindre le feu de la terre, d’en noircir les champs velours, de gommer les ombres enlaçant les bosquets. »

Le vieux Germain vit seul dans une ferme au cœur des Vosges. Sa fille lui impose de passer l’hiver avec Basile, lointain neveu qui vient faire sa saison de conducteur d’engin de damage dans la station voisine.
Une jeune femme froide et distante qui conduit les engins des neiges mieux que tous ses collègues masculins, habite la ferme voisine, où ses parents élevaient une meute de chiens de traîneaux quarante ans auparavant.
Mais bientôt, le village est isolé par une terrible tempête de neige qui, de jours en semaines puis en mois, semble ne pas vouloir s’achever. Alors l’ombre des Malamutes ressurgit dans la petite communauté coupée du monde…

Un excellent roman de Jean Paul Didierlaurent qui mêle le mystère et la poésie dans ce qui peut s’apparenter à un conte moderne . L’auteur dépeint à merveille l’atmosphère oppressante de ce huis-clos montagnard, mais aussi des personnages truculents. Suspense , intrigue, fantastique vous pourrez y retrouver tout celà à la fois. J’ai vraiment beaucoup aimé et vous le recommande.

« Chaque réveil est un enchantement. Dans la lumière coupante du petit matin, je ne me lasse pas du paysage qui s’offre à notre vue. Il n’est pas rare de surprendre au lever du jour dans le grand pré au-dessus de la ferme des chevreuils broutant l’herbe grasse au sortir du sous-bois. De l’avancée en terrasse devant la maison, on devine le village en contrebas grâce au clocher de son église qui perce de sa flèche la brume emprisonnée par la fraîcheur de la nuit dans le fond de la vallée. »

« Germain lisait les arbres de la même manière que d’autres lisent les livres, passant d’un cerne à un autre comme on tourne des pages, sans autre prétention que celle d’interroger les géants sur la marche du temps, à la recherche d’une certaine logique dans ces successions concentriques. »

« Cette faculté d’embellir les choses même les plus laides, d’étouffer le fracas du monde, d’adoucir les angles, de combler les creux, d’aplanir les bosses fascinait l’octogénaire. Même les grands sapins n’étaient plus que rondeurs une fois dissimulés sous leur manteau »

Bienvenue à Val Quarios, petite station de ski familiale qui ferme ses portes l’été.
Ne reste alors qu’une douzaine de saisonniers au milieu de bâtiments déserts. Hugo vient à peine d’arriver, mais, déjà, quelque chose l’inquiète. Ce sentiment d’être épié, ces « visions » qui le hantent, cette disparition soudaine…
Quels secrets terrifiants se cachent derrière ces murs ? Hugo va devoir affronter ses peurs et ses cauchemars jusqu’à douter de sa raison…
Bienvenue à Val Quarios, une « jolie petite station familiale » où la mort rôde avec la gourmandise d’une tempête d’été.

L’auteur sait nous plonger dans cette atmosphère de huis clos dont il est coutumier . Cette atmosphère pesante , ce mystère qui s’épaissit au fur et à mesure font que l’on n’a pas envie de s’arrêter de lire. Bon petit bémol la fin m’a un peu déçue.

« Il était incapable d’expliquer son appréhension. C’était viscéral. Était-ce le sentiment qu’éprouvait un insecte à l’approche du trou où se blottissent les grosses araignées velues ? Ignorant tout de ces prédateurs implacables qui l’attendent sans un mouvement, juste quelques pas de plus, allez, approche, encore un peu, juste un peu, ce qu’il faut pour que je n’aie aucune chance de te manquer, que mes chélicères se plantent dans ta chitine, qu’elles te transpercent pour y déverser mon poison, jusqu’à ce que tes entrailles se mettent à fondre, et que j’aspire, délicieusement, ton jus, tandis que tu convulses, encore vivant, pleinement conscient de moi, énorme, qui te mange. »

« Cette femme est d’une liberté totale, elle n’est figée nulle part. Insaisissable, comprit Hugo dès qu’il la vit. Il aimait dresser le portrait de celles et ceux qu’il croisait comme s’il était dans un roman. En l’occurrence c’était celui d’une Ophélie moderne, flottant non dans un linceul d’eau mais bien dans l’air de la vie dont elle rayonnait, notamment par le pétillement sensible de ses yeux. Ses iris brûlaient d’une fièvre séditieuse, déployant une palette de bruns semblable à un arc-en-ciel automnal, taillés dans de l’œil-de-tigre, d’un marron profond au noisette le plus clair. Sa chevelure flamboyante, intolérante à la norme, ni blonde ni châtaine, quelque part ailleurs, refusait de ployer dans la brise, menait sa propre bataille. »