J’ai lu

« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris – New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, ‘L’Anomalie’ explore cette part de nous-même qui nous échappe.

Un scénario construit de main de maitre, des narrations qui s’emboitent sans faux pas . C’est à la fois un roman psychologique, un roman policier, un roman d’espionnage, un roman dans lequel chaque lecteur va pouvoir s’identifier en réalisant une confrontation à son propre moi . Tout comme ses personnages vous vous poserez cette question : Que serait notre vie si nous avions pu choisir à un moment donné une autre voie ? L’auteur passe du polar à l’intime avec beaucoup de talent et aborde aussi les questions sociétales sans jamais perdre son rythme .

J’ai vu la conférence d’Hervé Letellier pour la fête du livre avant d’avoir lu son livre , j’ai tout de suite su que ce livre m’intéresserait et je vous le recommande .

« Le président américain reste immobile, comme sonné. Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective. « 

« L’espoir nous fait patienter sur le palier du bonheur. Obtenons ce que nous espérions, et nous entrons dans l’antichambre du malheur. »

« la liberté de pensée sur internet est d’autant plus totale qu’on s’est bien assuré que les gens ont cessé de penser. « 

« Comment peut-il être aussi intelligent et aussi fragile à la fois ? Mais l’amour, c’est ne pas pouvoir empêcher le cœur de piétiner l’intelligence. »

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre. « 
C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés,  » car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .

Comme à son habitude Cécile Coulon excelle dans la description des lieux et des personnages . Elle sait nous peindre avec beaucoup de poésie l’atmosphère tres particulière de ce manoir . Cet endroit où Aimée va habiter semble maudit tant il parait menaçant . Dans son intrigue Cécile Coulomb habilement nous mystifie , nous entrainant là où on ne s’y attend pas. Aimée se heurte aux silences de cette demeure, aux silences de son époux, aux silences de ce lieu comme on se cogne à des murs en essayant de tâtonner. Au fur à mesure que les pages défilent nous ressentons le même malaise qu’elle . L’auteure distille à merveille cette menace incertaine qui plane sur Aimée. Un roman addictif que je vous conseille pour cette mise en lumière des espoirs fous , des non dits, des libertés entravées, et cette intrigue si bien orchestrée par l’auteure .

« Au bout d’un mois, le corps des hommes était, pour elle, comme un rosier, un insecte ou une couleur du ciel. Une jolie habitude, un spectacle recommencé, en surface de ses émotions tel un gros nénuphar aux feuilles sans relief, donc la fleur peinait à éclore »

 « Le château se fondait dans la végétation, comme s’il était né de la forêt, protégé par elle sans qu’elle le dévore, habillé par ses feuilles et ses plantes grimpantes, bourdonnant d’abeilles, et pourtant étincelant et propre comme les costumes de Candre. Elle imaginerait un œil géant, de lumière et de verdure, tandis que la voiture s’arrêterait devant l’escalier, usé, vestige des caprices de Jeanne Marchère. Un œil immense posé sur elle, aux cils de vantaux plats, aux cernes de vitres impeccables. Elle ne saurait en ces lieux quoi répondre aux silences de la forêt. »

« Il marchait sans la regarder. Son visage, paisible et blanc, semblait pris dans les couleurs des arbres et des mousses, des écorces et des herbes. Il réglait son pas sur celui d’Aimée, prenant soin de ne pas la dépasser ni de la ralentir, mais une partie de lui-même s’échappait de leur conversation et filait dans les feuillages comme un écureuil. »

 » Nous sommes au printemps en Provence, il fait beau, les fenêtres sont grandes ouvertes. C’est comme une invite faite à un papillon de passage , de venir voir et inspecter les lieux . Vincent , lui, écrivain célèbre, sature de passer ses journées à écrire, malgré la reconnaissance du public . Il est prêt à abandonner ses personnages, à ouvrir portes et fenêtres , à quitter son bureau dont il se sent prisonnier. »

Eglantine a l’art de nous prendre par la main pour nous faire découvrir l’Eouvé , une belle demeure familiale où toutes les générations se côtoient et où l’art de vivre y est chaleureusement distillé. Grâce au papillon qui s’arrête un jour de printemps à la fenêtre du bureau, nous allons entrer plus particulièrement dans l’univers de Vincent. Découvrir les rapports qu’il entretient avec l’écriture , cette immersion dans le vécu de ses personnages et connaitre ses propres aspirations et ses difficultés quand l’inspiration n’est pas forcément au rendez – vous. Lors de sa pause Vincent va renouer avec l’extérieur comme le lui suggère Léo le papillon. Peu à peu les secrets de famille referont surface , tout comme les histoires d’amour.

J’ai particulièrement aimé les dialogues entre Léo et Vincent , les références littéraires placées dans ces échanges et cette campagne provençale si bien évoquée au cours des promenades et des pauses de Vincent. J’ai retrouvé avec un grand plaisir la Camargue , ses chevaux , ses taureaux et cette luminosité si particulière des marais et des lagunes, tout comme l’ambiance des manades. J’ai apprécié aussi le choix des personnages, tous très attachants et cet interlocuteur si particulier, Léo, qui distille ses leçons de philosophie avec beaucoup de talent. L’univers du conte n’est jamais bien loin avec Eglantine et c’est un régal d’y pénétrer. Une lecture que je vous recommande.

 » Le papillon , après avoir virevolté ici et là , le temps de se délecter du parfum du thym , de la camomille, du pois de senteur et de toutes les fleurs se trouvant sur son passage, décide de prendre lui aussi un temps de repos sur une rose trémière . C’est le lis Aureto qui les bercera tous deux le temps de leur sieste, jusqu’en fin d’après midi »

« Il a mis de côté ses rêves d’un ailleurs différent, et n’a jamais quitté ce coin de Provence au paysage étonnant de la plaine de Berre où le soleil se reflète sur l’étang. Les gros oiseaux qui décollent ou arrivent à l’aéroport de Marseille Marignane ont longtemps nourri son imaginaire d’enfant qui rêvait d’être aux commandes de l’un d’entre eux pour de longs voyages. »

 » En arrivant ici j’ignorais que j’aurais une mission à accomplir! Parfois je me demande si je suis son ange gardien ou sa conscience ! ….En plus de virevolter après des fleurs , mes amies, je me suis découvert ..comment dire …un don de conseil et de protection envers les humains! Galéjades que tout cela dirait – on dans le midi et pourtant ! « 

« J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre .»

La famille que David Foenkinos nous fait découvrir nous allons vraiment nous y attacher. Il sait faire preuve de beaucoup d’humour et de tendresse pour la mettre en scène . Même si au départ cette famille peut paraitre banale , nous découvrons que chaque vie peut se révéler passionnante et devenir le sujet d’un roman.

L’auteur souligne les méfaits de notre époque de manière subtile et nous offre un conte moral bien agréable . Il devient tour à tour spectateur et acteur dans ce roman et peu à peu les non – dits sont levés tout comme les secrets et les coups bas . Une lecture que je vous recommande aussi .

« « C’est classe, on a un biographe officiel, dit-il.
–Merci, répondis-je, sans trop savoir si c’était un compliment ou juste un point de vue.
–Mais bon, j’aurais préféré Amélie Nothomb. »
Pour paraître décontracté, j’ai souri à cette saillie. C’était plutôt positif ; je tenais là un spécimen d’une catégorie en voie de disparition : un adolescent capable d’une référence littéraire. À vrai dire, cette percée sociable demeurerait unique dans la soirée. Il ne fallait pas trop en demander: une réplique par dîner, c’était déjà beaucoup. »

« Comme à chaque fois que j’étais invité chez quelqu’un, je regardai la bibliothèque. J’ai l’impression qu’on peut tout savoir d’une personne en observant les livres qu’elle possède. À l’époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s’y trouvaient. S’il n’y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m’était impossible d’acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C’était comme apprendre qu’un crime horrible avait eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait crédible qu’il puisse exister une sorte de fantôme de l’inculture. »

« Le monde occidental a fait de la crise un slogan tout-terrain. Au fond cela renvoie à la solitude absolue de chacun. Je pense aussi souvent à cette célèbre phrase d’Albert Cohen : «Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »

Publicité

Le mur

Je vous propose aujourd’hui de vous plonger dans « Noir volcan » de Cécile Coulon. Un recueil de poésies que je vous conseille. Cécile Coulon nous touche avec cette poésie qui va droit au coeur, des émotions qu’elle transmet avec beaucoup de talent car tout ce qu’elle écrit sonne juste et fait écho à ce que nous pouvons avoir vécu.

******

Le mur

Un cantique de rien du tout

pour cette bicyclette endormie contre un mur

sur lequel, enfant,

tu jouais sans doute à marcher droit,

les bras écartés

comme si le ciel agrippait tes doigts de chaque côté,

et dans le sourire que ta joie et ta concentration

modifiaient à mesure que tu avançais

tu ne savais pas encore

que tu serais aimée et que tu aimerais

de la plus belle des façons :

en silence

pour protéger ce qui est vrai.

*****

Cécile Coulon ( Noir volcan )