Suite du musée sentimental d’Eva Aeppli

La table ( 1965 – 1967 )

Eva Aeppli explique sa démarche dans sa lettre à Małgorzata Białoń-Treit, en 1999.

« Contrairement aux autres [groupes], chaque personnage est ici individualisé (visages brodés, costumes variés). Cependant, aucun ne porte de nom, à l’inverse des personnages individuels qui ont précédé ou suivi. Aucun n’est non plus un portrait de personne réelle, comme je le fais de temps en temps.


Dans la culture occidentale, treize personnages autour d’une table évoquent la cène. Mais dans ma « Table », on ne reconnait ni le Christ, ni aucun des apôtres. Les hommes et les femmes rassemblés là représentent la condition humaine. Il ne s’agit pas non plus, comme cela a été dit, d’une transposition des danses macabres du Moyen Âge, dans lesquelles on reconnaissait des rois, des évêques, des bons, des mauvais…
J’ai mis la Mort au centre de ce groupe de personnages pour figurer les crimes qui ont été commis au xxe siècle. Cette idée revient d’ailleurs très fréquemment dans mon œuvre (exemple Les juges ).

L’analyse de cette œuvre serait plutôt le message d’amour et de tolérance du Christ (qui serait normalement à la place de la Mort dans ce groupe) n’est pas passé dans le cœur des hommes. »