Jeudi poésie

Pour ce défi 267 des Croqueurs de mots, Domi reprend la barre et nous propose pour ce jeudi poésie un poème de crise de foi ou de foie .

J’ai choisi de Victor Hugo

Que nous avons le doute en nous.

À mademoiselle Louise B

De nos jours, — plaignez-nous, vous, douce et noble femme ! —
L’intérieur de l’homme offre un sombre tableau.
Un serpent est visible en la source de l’eau,
Et l’incrédulité rampe au fond de notre âme.

Vous qui n’avez jamais de sourire moqueur
Pour les accablements dont une âme est troublée,
Vous qui vivez sereine, attentive et voilée,
Homme par la pensée et femme par le cœur,

Si vous me demandez, vous muse, à moi poète,
D’où vient qu’un rêve obscur semble agiter mes jours,
Que mon front est couvert d’ombres, et que toujours,
Comme un rameau dans l’air, ma vie est inquiète ;

Pourquoi je cherche un sens au murmure des vents ;
Pourquoi souvent, morose et pensif dès la veille,
Quand l’horizon blanchit à peine, je m’éveille
Même avant les oiseaux, même avant les enfants ;

Et pourquoi, quand la brume a déchiré ses voiles,
Comme dans un palais dont je ferais le tour,
Je vais dans le vallon, contemplant tour-à-tour
Et le tapis de fleurs et le plafond d’étoiles ?

Je vous dirai qu’en moi je porte un ennemi,
Le doute, qui m’emmène errer dans le bois sombre,
Spectre myope et sourd, qui, fait de jour et d’ombre,
Montre et cache à la fois toute chose à demi !

Je vous dirai qu’en moi j’interroge à toute heure
Un instinct qui bégaie, en mes sens prisonnier,
Près du besoin de croire un désir de nier,
Et l’esprit qui ricane auprès du cœur qui pleure !

Aussi vous me voyez souvent parlant tout bas ;
Et comme un mendiant, à la bouche affamée,
Qui rêve assis devant une porte fermée,
On dirait que j’attends quelqu’un qui n’ouvre pas.

Le doute ! mot funèbre et qu’en lettres de flammes,
Je vois écrit partout, dans l’aube, dans l’éclair,
Dans l’azur de ce ciel, mystérieux et clair,
Transparent pour les yeux, impénétrable aux âmes !

C’est notre mal à nous, enfants des passions
Dont l’esprit n’atteint pas votre calme sublime ;
A nous dont le berceau, risqué sur un abîme,
Vogua sur le flot noir des révolutions.

Les superstitions, ces hideuses vipères,
Fourmillent sous nos fronts où tout germe est flétri.
Nous portons dans nos cœurs le cadavre pourri
De la religion qui vivait dans nos pères.

Voilà pourquoi je vais, triste et réfléchissant,
Pourquoi souvent, la nuit, je regarde et j’écoute.
Solitaire, et marchant au hasard sur la route
A l’heure où le passant semble étrange au passant.

Heureux qui peut aimer, et qui dans la nuit noire,
Tout en cherchant la foi, peut rencontrer l’amour !
Il a du moins la lampe en attendant le jour.
Heureux ce cœur ! Aimer, c’est la moitié de croire.

Octobre 1834.

Et de Léo More

Indigestion

J’ai avalé un rêve de travers
Sans doute était-il trop mûr !
Il a erré dans ma gorge , amer
M’envahissant de son goût si pur .
J’ai bien cru que j’allais suffoquer ,
te le rendre à la figure,
Mais il a continué sa dérive, sa gageüre …

J’ai avalé un rêve de travers
Sans doute était-il trop doré !
Il s’est lové dans ma poitrine
avec ses relents de véracité
D’acides douleurs m’ont fait crier famine
J’en aurais dévoré ta main .
Mais tu l’as refermé sur ce vide incertain …..

J’ai avalé un rêve de travers
Sans doute était-il trop rare !
Maintenant , il est là , coincé dans mes entrailles
et s’amuse souvent à de drôles de batailles :
des hoquets de questions , quelques sursauts d’espoir .
En attendant que je le digère ,
s’il te plaît , ne me sers plus n’importe quoi !

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Jeudi poésie

Pour ce défi 267 des Croqueurs de mots, Domi reprend la barre et nous propose pour ce jeudi poésie un poème de crise de nerfs.

J’ai choisi  » Par le feu » de Serge Delaive

Par le feu

Une à une
je brûle mes photographies
Une allumette incendie
les fantômes du passe
Depuis trop longtemps
l’avenir vit de ses rentes
Les frontières de l’instant
s’évaporent en fumée
II ne restera rien

Du plus profond
dedans moi où je me noie
monte le sentiment
du passe dérisoire
projeté vers la cible
des lendemains vides

Mon amour ton regard
sur la photo qui se consume
tourne autour des années avenir
aussi je t’en supplie
dis-moi ce que tu vois
dis-moi avant les flammes
la sale gueule de demain


Et si rien

goûte la cendre.