Le tableau du samedi

Pour le  tableau du samedi, initié par Lady Marianne et poursuivi par Lilou et Fardoise, un clic sur le logo.

Fardoise nous propose les beaux bijoux .

Pour cette deuxième semaine je vous propose une femme à la perle , celle de Charles Sellier . ( 1875) musée des beaux arts de Nancy .

Un tres beau jeu d’ombre et de lumière dans ce tableau . Saisissant ce regard, qui n’en est pas un , les yeux sont là, on les devine mais ils ne voient pas . seul le dedans semble les intéresser comme s’ ils étaient les vecteurs du fantasme et du rêve. Garde – t-elle ses yeux pour son amant ? Mystère , mais chaque spectateur espère secrètement que son regard se libère enfin et qu’elle puisse le voir enfin .

SELLIER   Charles François, dit Charles Auguste

Nancy 1830 – Nancy 1882

Peintre, peintre sur faïence, dessinateur, professeur de dessin et de peinture, directeur du musée de Nancy

Fils d’un jardinier maraicher.

Son père était né à Insming (57), sa mère à Flavigny-sur-Moselle (54).

Dernier de quatre enfants, il passa sa jeunesse dans le faubourg Saint-Pierre, au sud de Nancy. A l’âge de douze ans, il entra en apprentissage chez un peintre en bâtiment nommé SCHMITT puis, en 1845, à l’Ecole municipale de dessin et de peinture dirigée par Louis LEBORNE*. A partir de 1849, il fréquenta également les cours d’anatomie de l’Ecole préparatoire de médecine où il se consacra à l’étude du corps humain. Bénéficiant déjà d’une bourse municipale, il reçut une allocation du conseil général qui lui permit en 1852 de se rendre à Paris où il s’inscrivit dans l’atelier de Léon COGNIET et intégra l’Ecole nationale des beaux-arts. Il concourut sans succès pour le Prix de Rome en 1854. Trois ans plus tard, il débuta au Salon et fut successivement lauréat du concours Adolphe Moreau pour L’enfant prodigue gardant les pourceaux et du Grand Prix de Rome avec La résurrection de Lazare. Cette distinction suprême récompensait une œuvre en avance sur son temps qui s’opposait aux canons de l’art académique de l’époque par son « synthétisme », par la vigueur des contrastes lumineux et colorés. De janvier 1858 à décembre 1862, il séjourna à la Villa Médicis où il fréquenta Edgar DEGAS, Jean-Jacques HENNER, le compositeur Georges BIZET, et se lia avec le sculpteur Jean-Baptiste CARPEAUX et le graveur Ferdinand GAILLARD, deux artistes avec lesquels il continua à entretenir des liens étroits. Durant son séjour italien, il visita Naples et Capri. Dans les années qui suivirent son retour à Paris début 1863, il peignit essentiellement des portraits qui lui permirent de vivre assez confortablement, sans toutefois renoncer aux sujets historiques, allégoriques ou religieux qui correspondaient à sa nature profonde. Revenant régulièrement à Nancy où il avait racheté en 1864 la maison de ses parents, il accepta l’année suivante de remplacer LEBORNE à la tête de l’Ecole de dessin et de peinture, poste dont il démissionna en 1870. Bien qu’installé dans la capitale, il partagea la direction du musée de Nancy avec Claude Emile THIÉRY* de 1865 à 1871. Sa production se ralentit nettement dans les années suivantes. En 1872, il épousa à Paris (17e) Henriette Eulalie CUDRAT qui lui avait donné une fille six ans plus tôt. Curieusement, son acte de mariage le dit « horticulteur ». Ses témoins étaient ses amis les sculpteurs Joseph TOURNOIS et Louis Auguste ROUBAUD qui avaient concouru pour le prix de Rome la même année que lui, le premier ayant obtenu le Grand Prix, le second le 2e.

SELLIER participa aux Expositions universelles de 1855, 1867 et 1878, et figurait à l’exposition centennale de 1900. Il exposa au Salon de 1857 à 1882, y obtenant une médaille de 3e classe en 1865 et une de 2e classe en 1872. Plusieurs de ses œuvres furent achetées par l’Etat.

En 1883-1884, une importante exposition (plus de 300 œuvres) lui fut consacrée à L’Ecole nationale des beaux-arts et son atelier fut mis en vente à l’hôtel Drouot en février 1884.

A partir de 1851 et jusqu’à sa mort, il participa épisodiquement aux expositions de la SLAA de Nancy, obtenant la médaille d’or en 1862. Il fut admis cette année-là à l’Académie de Stanislas en tant que membre-correspondant.

En 1903, un monument en son honneur fut inauguré à Nancy, dans le parc de la Pépinière ; il est l’œuvre du sculpteur Albert FINOT qui en avait présenté un projet au Salon de Nancy en 1899. Ce monument fut érigé grâce à une souscription dont les lots étaient des œuvres offertes par une centaine d’artistes, lorrains pour la plupart.

Plusieurs expositions lui furent consacrées en Lorraine :

  • 1921 : au Cercle artistique de l’Est, salle Poirel à Nancy (conjointement à une rétrospective consacrée à Ernest WITTMANN*)
  • 1982-83 : « C.A. Sellier, 1830-1882 » au Musée de l’Ecole de Nancy
  • 2007 : « L’univers singulier de Charles Sellier. Un peintre nancéien du XIXe siècle » au Musée départemental Georges de La Tour à Vic-sur-Seille
  • 2007 : « Les dessins de Charles Sellier » à la Galerie Troncin-Denis à Nancy (dessins de l’ancienne coll. Eugène Corbin)

Il était représenté dans des expositions collectives thématiques :

  • 2000 : « Les peintres de l’âme. Le symbolisme idéaliste » au Pavillon des Arts, rue Rambuteau à Paris
  • 2012 : « L’Ange du Bizarre, le romantisme noir de Goya à Max Ernst » au Städel Museum à Francfort

En marge de l’académisme et du réalisme, SELLIER, qui détestait les mondanités, mena une carrière discrète. Artiste mystique et tourmenté, il se situe entre le romantisme et le symbolisme, « privilégiant l’ombre dans la quête des rapports de la lumière et de la forme, s’efforçant de faire affleurer l’invisible ».  Christian DEBIZE (1989)

Outre des dizaines de portraits, on lui doit essentiellement des œuvres inspirées par la mythologie, l’histoire antique et la Bible. Il peignit aussi des scènes d’intérieur, des paysages parfois oniriques et quelques nus dont certains sont noyés dans un savant clair-obscur. Souvent considéré comme l’héritier des caravagesques (dès 1851, il exposa à Nancy un Christ au tombeau d’après CARAVAGE) et de REMBRANDT, il fait parfois preuve d’une indéniable originalité comme dans la surprenante Femme à la perle, « un portrait allégorique dans lequel l’absence des yeux exprime de façon très personnelle son idée de la méditation ». René ARMELLINO (2007)

En 1869, Louis AUVRAY regrettait qu’il ait renoncé à la peinture d’histoire : « La peinture de M. Sellier est un peu dans la manière de faire de M. Hébert. Comme lui il cherche les effets qui poussent à la rêverie ; il obtient souvent aussi la même harmonie de coloris, même dans ses portraits. Son Souvenir d’Italie et son Portrait de M. E.B. sont une preuve de ce que nous avançons, et les qualités de ces deux toiles nous font regretter que, depuis son retour de Rome, cet artiste n’ait pas produit quelque grande composition dramatique, comme son Lévite d’Ephraïm, resté jusqu’à présent son œuvre capitale ».

Peu de ses œuvres sont présentées sur les cimaises des musées car les huiles de ses débuts sont aujourd’hui presque invisibles à cause de l’emploi abusif du bitume que dénonçait le peintre meusien Adrien RECOUVREUR. Cette tendance à l’obscurité lui était déjà reprochée à propos de ses travaux à la Villa Médicis. Théodore VÉRON souligne42 lui aussi cette fragilité à propos de la Tête de nègre du Salon de 1882, « obtenue par un dessin serré et un modelé à frottis si léger que la toilette donne la lumière. Effet heureux pour le moment ; mais si la toile se détériore, les restaurateurs seront bien embarrassés ».

SELLIER reçut quelques commandes d’œuvres décoratives – que des circonstances malheureuses ne nous permettent pas d’apprécier – pour :

  • La chapelle Saint-Joseph de l’église Saint-Bernard-de-la-Chapelle, à Paris, 18e ar. (2 grands tableaux commandés en 1865, aujourd’hui disparus) :
    • La fuite en Egypte
    • Saint Joseph protégeant l’enfant Jésus
  • Le plafond de la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Nancy (commandé en 1865 mais les travaux tardèrent et la commande fut finalement confiée à A. MOROT* en 1881) :
  • Le char du soleil chassant les ombres de la nuit (projet à l’huile au M. des BA de Nancy)

Inlassable dessinateur, il est largement représenté dans les musées de sa ville natale (musée des beaux-arts et musée lorrain).

Il s’intéressa aussi au renouvellement du décor céramique et, vers 1878, lors d’un séjour à Monaco, il peignit une série de médaillons en faïence (portraits et paysages).

Son frère Hyacinthe (né vers 1834) fut maire de Jarville-la-Malgrange (54) de 1900 à 1905, année de son décès.

Publié par

giselefayet

Mots , images , mouvements, impressionnent ma plaque sensible et la communication en est le révélateur le plus puissant . Citation favorite : " Être libre ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaines , c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres." Nelson Mandela

34 réflexions au sujet de “Le tableau du samedi”

  1. Elle semble ailleurs cette dame et nous, nous ne voyons que ce bijou…
    Merci à tous deux pour ce défi si bien relevé!
    Bon w-end encore ensoleillé!
    Bises de Mireille du sablon

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  2. bonjour
    une découverte pour moi
    un tableau trés fin et tés élégant
    merci pour les explications
    bonne journée
    kénavo

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  3. Merci pour ce choix Jazzy. Cette jeune femme est très belle, mais son regard, ou absence de regard, reste énigmatique.
    Bises et bon week-end – Zaza

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  4. Tu as bien choisi ce tableau, on voit très bien les bijoux de cette dame grâce à ce « flou artistique ».
    j’apprends sur ce peintre, merci Jazzy
    Bon week-end ensoleillé.
    Bises

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  5. J’ aime cette boucle éclairée, l’oeillet dans la chevelure qui rappelle le rouge à lèvre….tout cela contraste avec l’ensemble du buste dans l’ombre, y compris le bijou qu’elle porte à son cou.J’aime aussi ce jeu de lumières sur le visage, toutefois ses yeux figés comme ceux d’une morte m’interpellent.
    Merci à vous deux pour cette page qui me fait découvrir un autre peintre lorrain.
    Bisous et bon WE sous le soleil.

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  6. Les yeux fermés, ça interpellent, ca manque de vie sans regard, heureusement, c’est un profil sinon c’était pire.
    Bon week-end super ensoleillé.

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  7. Une présentation très intéressante. Ces tableaux qui  » disparaissent » ,s’auto détruisent,à cause du bitume ,je trouve ça fascinant. Je suis allée sur le net en voir plus,je note que souvent ce peintre montre en cachant, c’est très particulier. Pour ce portrait,je note la marque ( ride) de son cou , c’est émouvant,et je m’imagine que la femme est en pleine pâmoison amoureuse…ou mystique.
    Ce tableau nous pose des questions et ne nous donne pas de réponse, c’est ce qui m’attire ici . Merci pour cette découverte passionnante.

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